Brèves du quotidien: histoires banales et idiotes

A La Poste

- J’arrive à la poste de mon quartier pour faire une transaction habituelle. Il faut savoir que cette poste est un peu particulière. En effet, je suis toujours étonnée de voir à quel point elle aigrit le caractère de ceux qui s’y rendent. Il y a toujours, quelqu’un pour gueuler parce qu’il en a marre d’attendre alors qu’il vient d’arriver, une personne qui parle toute seule et vous regarde l’oeil mauvais en attendant une réponse de votre part, ou encore, un simple d’esprit qui est entré là parce qu’il y avait de la lumière et vous trouve soudain très intéressante.

-Donc, j’arrive et je vois tous les gens faire la queue en dehors de la file d’attente aménagée gentiment par les agents de La Poste pour éviter qu’ils ne se ruent aux guichets, pressés qu’ils sont de s’en prendre à quelque fonctionnaire. Je me dis tout-à-coup que nous devons posséder un brillant esprit de contradiction: avant les gens râlaient car ils ne savaient jamais qui était arrivé en premier, ils s’épiaient jalousement et feignaient de ne rien comprendre quand leurs voisins les chopaient en train de resquiller. A présent, avec la file d’attente, les gens se méfient, soupçonnant quelque manoeuvre sadique d’un fonctionnaire malveillant, de vouloir choisir son prochain client…. Bienheureux les paranoïaques car ils auront une vie bien remplie et plein d’amis.

-Un autre jour, un monsieur qui ne devait pas avoir toute sa tête ou devait avoir gagné à la loterie se poste devant la vitrine d’exposition de timbres et d’enveloppes. Tapant du pied, main sur la hanche et secouant la tête en rythme, il se met à chanter, improvisant une chanson à propos….de vaches!! Les gens l’observent interloqués, se moquent discrètement, le traitant de fou et plaignent sa femme. Le type se retourne, sourit et s’en va. Regards gênés dans la file d’attente (depuis le temps, les gens s’en méfient moins.) Avant de quitter la poste, je jette un coup d’ oeil curieux dans la vitrine. Sur les timbres, il y avait des vaches de toutes les origines photographiées dans un pré!… Méprisés et incompris mais heureux les gais lurons car seuls,ils possèderont la clé du bonheur terrestre.

-Un troisième jour, un monsieur se présente au guichet, un autre lui passe devant en montrant sa carte d’invalidité. Et il se fait servir. Débarque une femme enceinte, toujours au même guichet. On ne pouvait décemment pas la faire attendre. Et elle se fait servir. Enfin, le premier monsieur respire, on va s’occuper de lui. .. Quand une troisième personne se pointe et montre une carte vermeil. Et elle se fait servir. Grincements en tous genres dans mon dos…. Heureux ceux qui possèderont des « cartes coupe-file », car ils feront beaucoup d’envieux!

*Dans le métro

-Il y a de plus en plus de sans-abri dans le métro. Squatter de sièges, collectionneur de sacs plastique en tous genres, trieur de poubelles, éleveur de troupeaux de chiens, chats et rats, le SDF aime se montrer difficile voire exigeant: je rencontre un couple dans le métro qui me demande deux tickets de transport. Je suis un peu juste côté tickets mais devant l’amabilité et la politesse de la jeune femme, je ne résiste pas et je leur en propose un. Colère mêlée de fierté de la part de son compagnon; l’homme devient agressif, il en a demandé deux. Choquée par cette attitude, je leur donne le choix: soit je leur donne rien et c’est tant pis pour eux, soit ils en gagnent au moins un. En obtenir un deuxième sera plus aisé. Hésitation des deux vagabonds, qui finissent par accepter mon ticket de mauvaise grâce. Bien punis seront les généreux car ils auront toujours l’air de gros cons!

-Un soir, je rentre chez moi en prenant le métro. Je m’assoie tranquillement et j’ouvre un livre que j’espère passionnant, le trajet étant long jusque chez moi. Une petite vieille arrive et me dit sans politesse : »Tu descends la place!? » Pensant qu’elle parlait, de cette manière affable, au strapontin, je fais celle qui n’a rien entendu. Un, pourquoi elle me tutoie, d’abord. Deux, y’a d’la place ailleurs. Trois, je ne supporte pas qu’on m’interrompe dans ma lecture même si je me fais chier! me dis-je en me concentrant davantage sur la phrase que je lis pour la quatrième fois. La dame insiste. je la regarde droit dans les yeux: »Faites-le vous-mêmes, vous n’êtes pas handicapée des bras! ». Elle s’agite et s’énerve, dis que je suis une méchante et que je devrais avoir honte car elle est vieille et moi, je suis jeune…et que je devrais avoir plus de respect…Je lui réponds que je suis peut-être une méchante mais que le respect n’est pas un dû. Si elle avait été plus polie, je lui aurais volontiers rendu ce petit service, mais comme c’est une vieille malpolie, elle peut toujours rester debout.

« Et si je meurs, tu vas pas m’aider…? » poursuit-elle sans vergogne. « Crevez pour voir. » Je lui réponds provocatrice.

Elle finit par s’assoir et commence à rouspéter. Elle me murmure dans l’oreille, comme à une vieille copine: « Ouais, mais tout de même tu aurais pu me baisser le siège. Ce n’est pas très gentil. Et, je lui réponds théâtrale: « C’est normal que je ne vous baisse pas le siège. Vous êtes une mal polie qui profite de sa vieillesse, une harpie jalouse et mesquine. Je ne suis pas à votre service parce que je suis jeune. En plus, vous ne savez pas si je suis en mesure de vous aider, j’ai peut-être une maladie grave… aux bras! Regard inquiet de la vieille qui se décale légèrement sur le côté. Sa station arrive, elle se lève toute seule comme une grande, et avant de sortir, elle se retourne vers moi et me traite de salope! Regard courroucé et culpabilisant de mon voisin de strapontin. Merde alors, faites-leur la leçon et récoltez des clous!

-Un couple entre dans le métro avec un enfant. Le petit garçon d’environ quatre ans semble un peu capricieux. Après deux secondes passées sur les genoux paternels, il s’installe près de moi pour regarder à travers la vitre. Le gamin commence à me pousser car il ne peut pas bien voir. Je lui explique gentiment qu’il a toute la place pour lui, à côté et qu’en plus, j’étais là avant lui! L’enfant se fâche, me pousse encore et encore.Je ne bouge pas d’un pouce. En désespoir de cause, il finit par abandonner et part se réfugier dans les bras de son père. Il verse trois larmes de crocodile famélique et, me montrant du doigt, m’accuse d’avoir pris sa place. Et là, merveille! Le père qui a assisté à toute la scène me dit que je suis une méchante. J’ai eu l’impression que c’était le monde à l’envers. Très digne, j’explique au père que son fils chéri n’avait qu’à se mettre à côté ou me demander pardon. Il me réponds qu’il est trop jeune pour apprendre. Moi, je ne le trouve pas trop petit pour manipuler les adultes. Je crois que je déteste les enfants des autres!

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4 Réponses à “Brèves du quotidien: histoires banales et idiotes”

  1. martine dit :

    Merci pour ces petits bouts de vies du quotidien si réalistes ; on dirait du Rabaté à la ville !!!

  2. juju dit :

    eeh bêê….. c’est assez dingue tout ça!
    mais sans tous ces cons on aurait rien à raconter…….

  3. francis02 dit :

    Oui j’ai également des coups de gueule, ça fait du bien.
    Je ne suis pas méchant mais j’écoute les libres pensées de mon entourage
    excellent blog merci j’ai passé un bon petit moment

    Dernière publication sur NOUVELLES d'hier, d'aujourd'hui, de demain : Articles du 1° mai

  4. sandrin dit :

    on lit tout avec plaisir. et quand on prend le métro quotidiennement ou qu’on va à la poste, oui, sent bien que c’est du vécu !

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