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Archive pour septembre 2008

LEUR MORALE… et la nôtre un film de Florence Quentin

Lundi 22 septembre 2008

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topthomas.jpgLEUR MORALE… et la nôtre un film de Florence Quentin (2008) :

A l’heure actuelle, les bonnes comédies du cinéma français se font de plus en plus rares. Lorsque l’on veut aller au cinéma pour passer un bon moment de saine poilade, on nous propose uniquement des pochades de films à l’humour gras, potache et  vulgaire qui ne font que niveler par le bas le genre du cinéma populaire. Les plus beaux exemples de 2008 sont bien sûr « Bienvenue chez les chtis« et « Asterix aux jeux olympiques ».  Je pourrais  d’ailleurs en citer d’autres aussi connus tels que : « Disco« , « Brice de Nice« , « Camping« , « Les Bronzés III« , mais j’arrêterai là mon énumération! Je trouve déplorable que le cinéma français n’ai pas su renouer avec un genre qu’il maitrisait pourtant parfaitement il y a bien longtemps. Récemment, j’ai découvert le film de Marcel Carné « Drôle de drame« (1937) avec dans les rôles principaux Michel Simon, Louis Jouvet et Jean Louis Barrault sur des dialogues de Jacques Prévert et je dois dire que je n’avais pas passé un si bon moment devant un film français depuis belle lurette! Le cinéma de l’époque et celui qui l’a suivit quelques années plus tard privilégiaient: le vrai talent des acteurs, l’humour décalé, le burlesque et les dialogues fins et truculents. Et, si vous en doutez, revoyez donc ou découvrez les films de  Jean Girault, Jean-Pierre Mocky, George Lautner, Michel Audiard, Robert Dhéry, Yves Robert, Henri Verneuil, Patrice Leconte, Claude Zidi, Gérard Oury, et j’en passe…

Tout cela pour dire que les bonnes comédies mettant en avant les qualités citées plus haut ne sont pas légions; ce qui m’amène à vous parler du film de Florence Quentin « LEUR MORALE… et la nôtre » avec André Dussollier et Victoria Abril dans les rôles principaux.

L’histoire : Les Gustin sont un couple de « bon Français ». Combinards et radins, ils écument les supermarchés à la recherche des produits « satisfait ou remboursé » afin de les revendre en douce dans leur petit marché clandestin. En « bons voisins », ils s’occupent de la gentille petite vieille dame qui habite à côté et qui prévoit de leur laisser son héritage. Tandis qu’ elle décède des suites de l’indigestion d’une paëlla avariée vendue par les Gustin, ces derniers vont avoir la mauvaise surprise de ne pas toucher un kopec de l’héritage et de découvrir que leur nouveau voisin, seul héritier, est un arabe… N’acceptant pas cette situation les Gustin vont se lancer dans une enquête impitoyable pour confondre cet usurpateur. A partir de là, tous les coups sont permis!

Habituée de la satire sociale, de la caricature et des travers de la famille française, Florence Quentin (la scénariste de « La vie est un long fleuve tranquille« , « Tatie Danielle » ou encore de l’excellent « Le Bonheur est dans le pré« , tous réalisé par  le trop rare Etienne Chatiliez) nous gratifie de nouveau d’une de ses spécialités. Cette fois-ci, elle s’attaque à un couple de Français moyens, pingres, racistes, profiteurs, poujadistes et  veuls, derniers représentants d’une France pétainiste. L’interprétation cinglante de Victoria Abril et d’André Dussollier est particulièrement convaincante et on sent bien que les deux acteurs s’en sont donnés à coeur joie. Leur jeu est d’ailleurs la qualité principale de ce film. En effet, il ne faut pas s’attendre à une mise en scène trop léchée ou ingénieuse, elle reste dans l’ensemble assez académique. Florence Quentin reste une plus grande scénariste que réalisatrice. Toutefois, je serais un peu plus indulgent en disant que dans ce type de comédie, on n’attend pas forcément des trouvailles de réalisation (nous ne sommes pas dans un film d’Albert Dupontel!) Au-delà de cet aspect, « LEUR MORALE… et la nôtre » est un film familial bien réussi qui en amusera sûrement beaucoup pour les thèmes très actuels qu’il aborde (le pouvoir d’achat, le voyeurisme, la paranoïa, …)  et par son tableau acerbe d’une France populaire rétrograde à souhait.

En guise de séance de rattrapage, pour tous ceux qui aiment les bonnes comédies et qui les ont ratées  en 2008 au cinéma, je recommande à leur sortie DVD : « La personne aux deux personnes » de  Nicolas & Bruno, « Eldorado » de Bouli Lanners, « JCVD » de Mabrouk el Mechri (voir notre article sur ce film dans la catégorie cinéma), ou encore « J’ai toujours rêvé d’être un gangster » de Samuel Benchetrit.

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On est tous des martyrs!

Dimanche 14 septembre 2008

Je viens d’aller voir Martyrs, film maintes et maintes fois critiqué bien avant sa sortie et qui a bien failli ne jamais passer dans les salles obscures.

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Quand je suis sortie du cinéma, j’avoue que je ne me sentais pas très bien. Je ne suis pourtant pas une âme trop sensible et au niveau cinéma, je suis suffisamment éclectique pour accepter tous les genres et toutes les histoires. En plus, je suis plutôt bon public, je trouve toujours de bons côtés à une création, là où ma moitié se montre parfois plus catégorique (et vice et versa.) D’ailleurs, en parlant de ma moitié, il n’a pas voulu s’exprimer – c’est dire!- tant il s’est senti floué.

Vous savez, je suis comme pas mal de personnes: quand on m’interdit quelque chose, je m’empresse de le faire en y mettant tout mon coeur. Pire, de mauvaise foi, même si l’expérience s’avère être un échec cuisant, je sais comment ne pas perdre la face. Donc, forte de mes convictions et drapée dans mon ouverture d’esprit de cinéphile enthousiaste, je vais voir le dernier film de Pascal Laugier, produit par Richard GrandPierre à qui on doit notamment Meurtrières (Coeurs sensibles, réfléchissez bien avant de vous compromettre!)

Mais là, je dois admettre que je suis très mal. J’ai horreur en effet de donner raison aux autres, les comités de censure, la critique sous toutes ses formes…

Bon, j’ai assez fait durer le suspense. Pourquoi Martyrs passe mal, alors que j’ai, par exemple, apprécié même à rebours Calvaire de Fabrice de Weltz et trouvé intéressant A l’intérieur d’ Alexandre Bustillo ? Martyrs part d’une idée comme une autre, la définition du terme « martyr(e) » en lui même: « Martyr(e) » veut dire « témoin. Autour de cela, se développe une intrigue qui tourne autour de deux jeunes femmes interprétées brillamment par Morjane Alaoui (Anna) et Mylène Jampanoi (Lucie.) Lucie est placée dans une sorte de foyer pour enfants à problèmes après avoir subi violences et séquestration. Asociale et violente, elle est solitaire, jusqu’à ce qu’ Anna la prenne en amitié. Lucie semble guérir en taisant ses supplices passés. Mais, une bête hurlante vient la mutiler pendant la nuit. 15 ans plus tard, Lucie, le visage et le corps couverts de multiples cicatrices, la haine, la colère et l’incompréhension dans les yeux vient régler ses comptes. Elle connait l’identité de ses tortionnaires. La manière est radicale, brutale, sans merci. Elle est bientôt rejointe par sa seule amie qui découvre l’horreur de la scène. Jusque là tout va bien. L’image est maîtrisée, l’introduction met l’eau à la bouche, les comédiennes sont stupéfiantes.

Je me cale dans mon fauteuil, et j’attends la suite… un peu mal à l’aise… Car la violence du règlement de compte me saute au visage et claque dans mes oreilles encore longtemps après.

Le film se poursuit, la violence s’intensifie. Mais l’image persiste à être belle… Et à un moment, (je ne vous dirai pas lequel, pour ne pas gâcher le plaisir de ceux qui voudront aller voir le film) le scénario dérape. Les fondus au noir rendent interminable une violence répétitive et cruelle: comme la comédienne, je suis couverte de sang, j’ai des bleus innombrables, je ne peux plus parler, je n’ai plus aucun espoir de survie… Les scènes de tortures s’éternisent. J’ai la conviction que toute cette violence mène quand même quelque part, alors je m’accroche et regrette toutefois de n’avoir pas picolé un peu avant la séance. J’ai mal au ventre, j’ai des plaies béantes sur les bras, une tête de femme battue à mort par son mari, assise honteuse devant l’oeil froid d’un fonctionnaire de Police. Je suis la petite fille ramenée d’urgence à l’hôpital pour une chute dans l’escalier. Vous me suivez?

Enfin, viennent quelques explications. On comprend mieux mais pas tellement. Les 50 premières minutes m’ont conditionnée. Je m’attendais à autre chose, de plus fantastique, de plus viscérale, et surtout de plus finement amené. Comment faire passer un message fort, crédible, pertinent après de telles images? Y en a-t-il un au fait, de message? Mais pourquoi chercher un message quand il n’y en a pas ?!…Et cette photographie qui s’obstine à être magnifique! Les motivations restent ignobles car Pascal Laugier a oublié de les aborder avec la force qu’il a utilisée pour évoquer les moyens.

Un peu déçue…  J’ai assisté à quoi en fait?

Du coup, je ne peux m’empêcher de penser au cinéma de genre (français mais pas seulement) et au cinéma d’une manière générale. Peut-il tout se permettre? La violence à outrance, l’exacerbation de la rétine du spectateur compatissant, par un choc visuel qui devient forcément mental… Alors que nous vivons une période où conditionnés par les médias nous sommes devenus « indifférents » à la violence quotidienne, aurions-nous besoin que l’art reproduise des chocs émotionnels par l’image et le son, seuls capables de nous faire prendre du recul sur la réalité? Le cinéma devrait avoir le bénéfice de sa propre nature, n’être qu’une transcription d’un genre de réalité, déformée par l’écran, les cadrages, mis en scène par les « névroses » de chaque réalisateur, donc forcément partial ? Le cinéma de genre doit-il faire son lit sur la banalisation de la violence et le reality show?… Quel recul prendre sur les images filmées par Laugier alors que tout parait si réel? Quel discours mettre en place? S’agissait-il d’un « divertissement pervers »? Sommes-nous devenus des spectateurs « pervers »? Je vais loin , là…

Plus brièvement, le cinéma contemporain, avec ses effets spéciaux, excuse-t-il le manque de scénario? Nous sommes habitués à la violence au cinéma. Je citerai par exemple Rec de Jaume Balaguero, Hostel d’Eli Roth, La Colline à des yeux d’Alexandre Aja, Devil’s Rejects de Rob Zombie, Saw de James Wan, Old Boy de Park Chan Wook, Audition de Takahashi Miike,Trouble Every Day de Claire Denis, Requiem for a dream de Darren Aronofsky…) Il me semble qu’ici la violence sert un dessein clair, justifié ou non, là n’est pas la question.

Nous sommes aussi habitués à des scénarios qui se tiennent, quelque soit le genre cinématographique. J’ai particulièrement aimé pour cela Dante01 de Marc Caro, Juno de Jason Reitman, La sciences des rêves de Michel Gondry, Le labyrinthe de Pan de Guillermo Del Toro, The Fountain de Darren Aronofsky, 36 Quai des orfèvres d’Oliver Marchal, Shutter de P. Wongpoom et B. Pisanthanakun, Les neuf reines de Fabian Bielinsky, Mullholland Drive de David Lynch, Memento de Christopher Nolan, Usual Suspects de Brian Singer, La leçon de Piano de Jane Campion … Chacun attend, je crois, que chaque film soit une expérience intime, drôle, éprouvante, moralisante, singulière…

Devant Martyrs, j’ai ressenti une peur viscérale puis un grand vide. Comme une difficulté à me situer… De vous à moi, ce n’est pas franchement bon signe.

Alors après ce petit commentaire gentillet mais qui donne le ton, si vous souhaitez voir ce film, buvez un coup avant! Parce que si le but de Pascal Laugier était de faire un film de violences, c’est réussi, mais quel dommage!

Ma moitié s’en mêle finalement et vous dit : « si vous voulez voir un film un peu glauque mais vraiment réussi, préférez plutôt Surveillance de Jennifer Chambers Lynch.

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