Les boîtes avec des boîtes à l’intérieur

Il y a quelques jours,  je repensais à toutes les « activités artistiques et littéraires » par lesquelles je suis passée pour me trouver ou trouver ma voie(x.) Je suis arrivée à une conclusion un peu triste que je me permets de vous livrer:

 

J’ai fait de la danse pour apprendre la légèreté,

J’ai rencontré dans une glace cruelle et indifférente le pâle reflet  de mon âme serrée dans un costume mal ajusté,

Senti des milliards d’yeux sur mes fesses molles, mes jambes surdimensionnées et le trou dans le creux dans mon bide,

Et résonnent encore à mes oreilles les coups de pieds sans grâce sur des sols innocents.

 

J’ai voulu apprendre le chant pour parler aux anges

Je n’ai reçu que notes, rigueur, apprentissages fastidieux et cours froids dans des espaces glacés

Et je me suis entretenue, en vain, avec un professeur sourd, pas prêt à partager ses secrets.

 

J’ai fait de la lecture à voix haute pour savourer la langue de ma naissance,

Je me suis heurtée aux virgules, aux espaces invisibles à repérer, aux phrases sans arrêts, aux , au bégaiement idiot de mes yeux sur des mots sans intérêt,

J’ai découvert avec déception que ma langue m’était étrangère.

 

J’ai raconté de belles histoires écrites par d’autres que je voulais partager,

J’ai connu l’angoisse et la solitude car,  jugée comme un être bizarre,  j’effrayais,

Et j’ai souffert d’user d’un langage bien cadré pour parler de ce qui me submergeait.

 

J’ai commencé le Slam pour pouvoir gagner le droit de parler, d’écouter et être entendue,

Mais, je me tais quand je veux dire, admirer, respecter, encourager. Je parle quand on me dit de lire, je lis quand on me dit de dire et je prends des notes pour plus tard.

J’attends qu’arrive la sérénité.

La vie est une boîte avec d’autres boîtes à l’intérieur dissimulant  d’autres boîtes qui ouvrent sur d’autres boîtes. Seuls les emballages changent. Partout, je me sens étrangère, partout, il manque quelque chose qui pourrait me retenir, partout il manque une place pour moi, où m’installer à l’aise et croître dans l’amour. Partout, la place est déjà prise, partout il faut la reconquérir. Je n’attends pas qu’on m’attende, je n’attends pas qu’on me prépare un lit. Je cherche juste la boîte ni trop petite ni trop grande dans laquelle je pourrais m’épanouir et  inviter qui veut à partager

mon sort.

Faut-il créer sa boîte et s’inscrire dans les pages jaunes pour être trouvée ? Faut-il entrer dans n’importe quelle boîte et à force de s’imposer, en changer ?

Il faut changer les boîtes, déformer les boîtes, élargir les boîtes, casser les boîtes…

Avec les débris de papier, de verre, de carton, de plastique, d’or… en fabriquer d’autres  en carton, en bois, en peau, en écorce d’arbres, avec de l’eau, de la terre, des feuilles, des déchets, faire des boîtes personnalisées pour un monde éclaté, éclaté comme une boîte ouverte.

Il faut ouvrir les boîtes existantes et dessiner les contours des boîtes inexistantes.

J’ai choisi le dessin, l’écriture, la peinture, la musique, l’amour pour fabriquer une boîte. Pour l’instant, elle est  toute petite, j’ai bien du mal à respirer à l’intérieur, mais je continue à la construire. Déjà, certains côtés s’élèvent et je sens que je respire mieux.

Seule dans ma boîte  je médite à la manière de construire une boîte aux dimensions infinies qui embrasserait l’espace d’autres boîtes, qui remplirait et viderait en même temps les boîtes étriquées, les boîtes cabossées, les boîtes rigides, les boîtes moqueuses, les boîtes cyniques, les boîtes féroces, les boîtes cruelles et égoïstes, les boîtes éternellement fermées sur elles-mêmes, les boîtes à serrures multiples qu’on désespère de comprendre, les boîtes malades, les boîtes en imitation skaï, les boîtes à secrets d’état, les boîtes maternelles, les boîtes à papas, les boîtes sans argent, les boîtes à boîtes…..

Avec de l’eau et de l’encre dans un gobelet en plastique,  je construis une boîte à voyager dans les rêves.

 

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