Archive de la catégorie ‘LES BROLS D’ EMMA’

Heureuse et joyeuse année 2010 !

Vendredi 1 janvier 2010

A toutes les loulouttes, les nenettes, les poulettes, les donzelles, les foldingues et les fold’Amour, les dominatrices, les poupées, les chéries Bibi, les tintouineuses, les fortes-en-gueule, les médisantes, les mignonnettes, les mal embouchées, les polissonnes, les goguenardes, les concupiscentes, les courtisanes, les débauchées et leurs copines les débonnaires, les écorchées vives, les bégueulesA tous les zouzous, les Jacky, les carabins, les chérubins et leurs cousins les Adonis, les pantouflards, les paltoquets, les iconoclastes, les hurluberlus, les poilus et leurs voisins les musards, les ventrus, les chauves, les moustachus, les ganaches, les gouailleurs. Sans oublier les fripons, les esbrouffeurs, les gouatreux, les badauds, les lunetteux, les misanthropes, les ripailleurs, les greffiers et les gaspards … Mais aussi les jobards,  les jacteuses, les ensorceleurs, les ouvreurs d’huîtres, les gouteuses d’huiles, les videuses de truites, les boulotteurs de chocolats noirs fourrés à la menthe, les testeurs de pneus Michelin, les rempailleurs de chaises, les couseuses de boutons, les faiseurs d’abat-jour, les laveurs de savon, les joueurs de curling, les compteurs de dents de peigne, les chercheuses d’aiguilles, et les botteurs de foin, les voteurs de lois absurdes, les caresseuses de tigres sauvages, les buveurs de Pastis, les fabricants de placards à enfermer les petits enfants, les tourneurs à paille d’arbres à chats, les chanteurs à la voix d’or du métro de la ligne 5 à Paris, les gardiennes de phares, les ogres de papier et les traverseuses de passages piétons, les pêcheurs à la virgule….

 

A TOUTES ET A TOUS,

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La chute V: Sur un seul pied

Mardi 29 septembre 2009

 Sur un seul pied

Des pieds, des pieds chaussés d’escarpins à talons fins, d’échasses en paille tressée, des pieds vernis, impatients qui tapent sur le bitume sans savoir, des jambes galbées dans des bas  surfins, des jambes hirsutes et des pieds pointus et des sandales bon marché, des jambes trop longues, des pattes courtaudes et arquées, mais deux pieds, deux pieds qui marchent, une deux! une, deux! l’un après l’autre, pas comme à la fanfare, pas comme dans une marche militaire, non, mais deux pieds qui partent au travail, deux pieds qui s’arrêtent devant une vitrine croisant deux autres pieds qui courent, deux pieds qui s’offrent le luxe de réfléchir au beau milieu de la chaussée ignorant les conducteurs surexcités…! Voilà ce qu’elle voyait, elle qui claudiquait sur ses béquilles blanches et violettes, en métal et en plastique, raides et droites comme des  i mais tombant sans cesse, sans appui, elle avec  sa tronche d’enfant puni, sur un corps d’estropié.

Des pieds, des pieds, des pieds…. Elle ne voyait plus que cela depuis qu’elle pouvait enfin sortir de chez elle. Sortir, on le lui avait conseillé bien plus tôt. Mais son appartement qu’elle détestait avant et qui ne servait que de dortoir quand elle travaillait, était devenu une sorte de carapace de tortue, une maison  « en dur  » pour protéger la larve qu’elle était en train de devenir physiquement et émotionnellement. La perte de l’usage d’une de ses jambes était certes temporaire mais c’était comme si on lui avait refusé la vie. Son existence basée sur des certitudes et des principes lui parut fragile comme du verre.

L’été était magnifique. Elle regardait passer sous sa fenêtre les citadins jaunes, bleus turquoises, rose pâle, jaune poussin…. Elle entendait les rires asséchés par la chaleur,  pouvait sentir les aisselles moites et les doigts bouffis par les 29°C qui faisaient frissonner l’air. Au début, dans les premiers jours de sa convalescence, elle voulut lutter contre une déprime qui déjà pointait son nez à l’hôpital, dans sa chambre mal décorée, ses chiottes puant l’humidité et son miroir beaucoup trop grand. Elle ouvrait donc sa fenêtre chaque matin à la même heure pour faire entrer le vent du matin, frais et tonique. Mais alors qu’elle prenait conscience de son handicap, elle se refusait peu à peu à l’ouvrir, ou oubliait de le faire; quand elle y pensait, il faisait déjà trop chaud dehors, ouvrir ne servirait qu’à l’étouffer davantage.

Elle se referma sur elle comme elle referma son agenda blindé de rendez-vous sur lesquels elle fit une croix dans sa tête. Qu’allait-elle faire de tout ce temps, seule assise sur son cul? Elle occupa alors ses grandes mains à diverses choses, créatives ou non, regarda maintes et maintes  fois des films où se montraient des chairs sanglantes et suitantes, où des femmes en cheveux longs et bouches mal fardées s’enfuyaient à toutes jambes poursuivies par des monstres sexués, où des hommes perdant leur virilité piaillaient comme des vierges agonisantes, toutes ces images fictionnelles atroces qui calmeraient peut-être le monstre bien réel qu’elle portait en elle depuis son accident.

Elle avait réfléchi aux circonstances de son accident, un accident bête comme tous les accidents. Son chirurgien lui avait donné une liste de causes probables, suites de circonstances qui à force se rassemblent en une sorte de noeuds et finissent par s’accrocher n’importe où et claquer, claquer puis déchirer comme ses tendons. Un terrain en pente surexposée, les enfants,  un ballon jaune à rattraper au vol, le bruit curieux comme une balle de tennis qui rebondit, un pincement dans le bas du pied qui remonte  jusqu’au mollet , de la glace  bleue pour tromper la douleur, puis tenter de se relever et là, faire l’expérience inexprimable du vertige sur un seul pied…

Coincée dans son plâtre, la jambe respirait mal, coincée, tordue tel un bâton de réglisse; la peau pleurait à l’intérieur sans pouvoir sécher ses larmes, les muscles fondaient comme réchauffés dans une marmite, le genou au dessus ressemblait à un oeil de cyclope, démesuré et grotesque, noir et poilu. Les bras furent sollicités tant et tant que jaillirent aux coudes deux bosses énormes qu’elle s’attendait à voir exploser, tant elles étaient sombres et gonflées. Souvent assise sur les fesses, elle imaginait son corps privé de derrière, avec un dos collé directement à deux jambes grossières comme sur un dessin d’enfant, une sorte de Madame Patate.

Les nuits, qu’elle passait penchée par devant étaient agitées. Le pied gonflait, le pied qui ne comprenait rien, s’entêtait à bouger, le pied privé de sa respiration naturelle piquait des colères qu’elle ressentait dans tout son corps. Son corps  soudain réveillé s’énervait et voulait crier, fendre le plâtre et bouger, fendre le plâtre et se lever, fendre le plâtre et marcher, fendre sa tête et crever.

La patience et ses trois larbines, la résignation, la volonté et la foi débarquèrent un jour sans être invitées. Il fallut écouter leurs incessantes jacasseries, de toute façon, elle ne pouvait pas bouger, ni les foutre à la porte! Elle se résigna ainsi à attendre, en chassant de ses nuits et de ses jours les images terribles dans lesquelles on l’amputait de toute sa jambe, où elle marchait  avec une jambe de bois, penchée comme un navire qui prend l’eau, où on lui greffait une fausse jambe montée sur roulettes…

Le temps passa, un matin, elle remarqua que sortaient de sa jambe de poulet des morceaux de peau, délicats et translucides. Sa jambe partait en morceaux clairs qui se renouvelaient sans cesse… Il en sortait tant…! Comment tout enlever? Avec la pulpe de ses doigts et ses ongles courts, elle grattait la seconde peau qui ne cessait de réaparaître, plus étendue et plus collante. Alors, enlever les petites peaux claires devint une obsession.

Sa jambe préparait sa métamorphose à l’intérieur de son cocon en résine bleue.

Des pieds agiles, des pieds qui sautaient, des pieds voutés mais ensemble sur le même chemin.. pas des pieds aux doigts recroquevillés, ni de plante de pied sèche comme le désert, ni une cheville raide  comme du bois de chêne! Non ! Ce sont deux pieds debout, droits et souples qu’elle attendait.

Elle les attendait, avec toute sa volonté, un peu de patience… pour la foi, il faudra repasser!

A suivre…

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La chute IV: L’amour? Rien à faire!

Mardi 29 septembre 2009

 L’amour? Rien à faire!…

L’amour était pour elle une chose d’un autre monde ; elle ne comprenait pas qu’on cherche tant à le trouver. Elle estimait être plus heureuse sans  amour ni tendresse. Cette idée s’était installée sournoisement dans sa tête depuis que son voisin de pallier, avec qui elle avait essayé de nouer un contact verbal, puis tactile, avait tenté de l’étrangler avec la ceinture de sa robe de chambre jaune poussin.

Dans quelques jours, c’était la Saint-Valentin; elle voyait déjà  les amoureux aux sourires béas, les yeux larmoyants occupés à se lécher la glotte aux terrasses chauffées de ses cafés préférés. Elle pensa à sa voisine qui aimait tout particulièrement la veille  qu’on entende l’amour qu’elle ressentait pour ses amis de passage. Comment passer cette énième fête sans déprimer? Elle devait se rendre à l’évidence: elle était seule. Elle songea à acheter un petit animal de compagnie qui supporterait ses monologues idiots sans se plaindre.  L’affaire ne fut pas simple, les poils d’animaux la démangeaient, les plumes lui donnaient envie de pleurer.  Le vendeur de l’animalerie lui conseilla un reptile ou un batracien. Elle se demandait si adopter une bête à sang froid réussirait à geler enfin ses espoirs de romances. Elle revint chez elle avec une minuscule tortue. Elles s’entreregardèrent sans qu’aucune magie n’opéra. Posée sur une feuille de salade dont elle machouillait mollement un bout, la tortue lilliputienne baptisée Lilas avait  déjà l’air fatiguée de son existence. La cohabitation s’annonçait des plus intéressantes.

La Saint-Valentin passa donc dans son coeur comme les années précédentes, morne, déprimante et moqueuse. En regardant sa tortue avancer péniblement dans son vivarium,  les yeux humides, elle trouvait que la vie avait un sens de l’humour difficile à cerner. Elle se prépara des Pop corn salés, s’assit dans son grand fauteuil et se mit à réfléchir.

Il y avait eu d’abord  Fernand. Elle avait 18 ans à l’époque, c’était le premier flirt auquel sa mère consentit. Fernand avait la seule qualité d’exercer comme feux son mari le métier passionnant d’aide-bibliothécaire. D’un physique agréable, le jeune homme touchait par sa spontanéité et sa candeur. Elle apprit ainsi qu’elle n’était pas mal pour un boudin et qu’en soignant sa personne, elle réussirait à être potable dans une vingtaine d’ années. L’idylle dura deux jours, c’était un début.

Il y eut ensuite René, le musicien incompris. Ils s’étaient rencontrés au conservatoire municipal durant la fête de fin d’année de juin, sur un banc. Il faisait chaud, elle était sortie prendre l’air après le dernier concert. Elle lui avait demandé si elle pouvait partager le banc sur lequel il était assis et la conversation avait démarré ainsi…. Il la fit rêver en lui parlant de ses espoirs de musicien; elle le séduisit en lui récitant un de ses textes en prose. Le problème de René, car il y en avait un, et de taille, c’était son caractère. René s’irritant de tout, était sans cesse de mauvaise humeur; une fois c’était de la faute de son concierge qui l’empêchait de développer sa créativité musicale la nuit, une autre fois c’était la faute de ses parents qui ne l’avaient jamais soutenu que financièrement ce qui était une honte pour un artiste maudit tel que lui, une autre fois encore c’était de la faute de l’électricien, du boulanger, du conducteur de métro…. Le monde lui en voulait et c’était pour cela qu’il  échouait dans ses tentatives de devenir un artiste de jazz reconnu et envié… très envié. Elle l’encouragea du mieux qu’elle put jusqu’au jour où, lui apprenant qu’un de ses textes seraient bientôt publiés,  elle reçut en pleine figure sa guitare et ses partitions. Elle ne sut jamais pourquoi. Ah, ces artistes! Depuis, et on la comprend, elle détestait le jazz. 

Il y eut aussi Rodrigue, tellement jaloux qu’elle ne pouvait pas aller aux toilettes des pubs non accompagnée; le beau Marcel passionné de pétanque qui l’emmenait partout avec lui et finissait par l’oublier dans un coin; Gaspard le sculpteur qui, fasciné par ses formes généreuses, ne voulait la voir que nue et allongée les jambes écartées sur un divan tendu de soie rouge; Pierre-Yves qui la dragua  par SMS interposés pendant huit mois et joua à l’homme invisible le jour de leur premier rendez-vous en chair et en os; ou  encore Etienne, collectionneur de boîte d’allumettes et de conquêtes; Philippe, coiffeur et bi-sexuel tous les deux mois; Benoît ,un employé de bureau de 10 ans son aîné qui l’aimait comme sa mère et enfin Thierry qui insistait pour qu’elle porte des bas résilles verts et des escarpins violets à tous leurs rendez-vous. Sans oublier, Félix son voisin….

A bientôt trente-et-un ans, elle accumulait les expériences amoureuses, les crises de larmes et les remises en question complètement vaines…

A suivre…

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La chute III: Dansons sous la pluie

Mardi 29 septembre 2009

Dansons sous la pluie

Elle se mit à aimer marcher dehors.

Surtout sous la pluie. La pluie qui tombe sur l’asphalte a une drôle d’odeur, de pisse, de steack frites ou de pain selon  les quartiers. Ce qu’elle aime surtout, c’est sentir collé sur sa peau son chemiser mouillé, boire goutte par goutte ses cheveux trempés et grelotter de froid.

Un jour, c’était pendant l’été, un de ces étés chauds qui ramollissent le trottoir et font trembler l’atmosphère, elle fut surprise par une pluie brutale, torrentielle. Elle sortait de sa supérette les mains vides. L’air sentait le frais. Son appartement n’était pas loin. Elle sentit une goutte puis une autre et en quelques secondes, elle fut littéralement prisonnière de la pluie. Par réflexe de préservation ou de coquetterie, elle se précipita sous un abri-bus. Mais, même en forçant les gens à se serrer davantage les uns contre les autres, elle ne trouva aucune place pour elle. Les gens avaient sur leur visage une expression désolée, comme s’ils lui reprochaient d’ être arrivée trop tard ou de n’être pas assez prévoyante. Elle lisait dans les yeux de son voisin le plus proche qui portait la moustache épaisse et recourbée aux pointes sous un nez en forme de poire qu’elle aurait dû prévoir un parapluie ou un imperméable, ou encore une sorte de pardessus à capuche, comme ceux dont elle avait horreur car ils lui rappelaient ses horribles vacances de jeunesse chez les tantes jumelles Roselinde et Rosenda à regarder des émissions pour petits vieux et à chasser les escargots les bottes dans la gadoue et le k-way contre son corps asexué. Oui, elle lisait dans les yeux injectés de sang de son voisin qu’elle aurait dû savoir qu’après le beau temps, surtout le beau temps très chaud au ciel dégagé, il y avait la pluie qui vous mouillait jusqu’aux os. Il fallait prévoir.

Eh bien, non! Elle n’avait rien prévu du tout. Et elle finit par s’en fiche et se dire qu’elle ne mourrait pas si elle courrait quelques mètres sous la pluie. Elle en avait  d’ailleurs assez d’essayer de se protéger sous cet  abri-bus minable, sans confort et d’être obligée comme tout le monde, d’attendre que la pluie cesse sa grosse colère . Elle ne souhaitait pas faire comme tout le monde. Elle ferma sa chemisette et partit sous la pluie. Elle sentait les regards moqueurs bien protégés;  elle releva la tête, ralentit son pas et soigna sa démarche.

La pluie fraîche sur sa tête lui donna des frissons qui lui parcoururent tout le corps. Sa jupe ne flottait plus dans le vent. Plaquée contre ses jambes, elle ne faisait plus qu’un avec son corps.  Elle marchait, son coeur était comme léger, lavé, rincé par cette pluie persistante. Elle vit des gens  qui  peut-être ne se connaissaient pas  pelotonnés ensemble, montés sur la pointe des pieds, sur une petite marche d’un immeuble bas. Elle vit des gens les bras chargés s’impatienter sous le rideau  à bandes colorées des épiceries, de la boulangerie, de la boucherie et de la poissonnerie. Quand elle passa devant le bureau de tabac, de jeunes gens morts de rire sans raison sans doûte donnèrent l’air de saluer sa hardiesse. Elle marchait sans ralentir ni précipiter son pas, elle voulait sentir sur sa peau cette sensation fraîche, puis froide des vêtements d’été sur sa peau; cette sensation qui avait un goût de  liberté. Elle regarda ses sandales, gorgées d’eau, ses pieds mouchetés de boue, ses jambes brillantes de pluie. Elle se mit elle aussi à rire. Comme il était bon de sentir son corps vivant et sa volonté superbe…! Non il ne s’agissait pas de cela, ce n’était sa volonté qui avait guidé ses pas,  qui l’avait forcée à « braver » la pluie toute seule et à marcher jusque chez elle sans se presser. Non, c’était une envie soudaine, irrépressible, comme un jeu de gamin, inconséquent. Elle arriva devant sa porte; les zonards qui tenaient les murs de l’immeuble eurent  pour  sa jupe et son chemisier moulants un regard en biais mais se désintéressèrent très vite d’elle. Elle prit l’ascenseur et surprit dans la glace le reflet d’une femme qu’elle trouva splendide, rayonnante.

Elle éternua.

A suivre…

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La chute II: Etre aimée ?

Mardi 29 septembre 2009

Etre aimée ?

Son coeur palpitait, semblant gesticuler dans son corps. Elle étouffait parfois, enfin elle en avait l’impression et elle se disait que sa fin était proche…. avec soulagement. Malgré ses efforts et son obstination, elle demeurait étrangère partout. Elle n’avait de cesse de ressembler aux autres pour se fondre, mais rien n’y faisait elle restait cet Autre que personne ne comprenait. Elle s’était faite une raison: elle vivrait seule dans sa boîte crânienne et son coeur pourtant généreux ne s’ouvrirait pour personne.

Elle finit par croire qu’elle venait d’une autre planète , qu’ elle avait été mise sur la Terre par erreur et qu’on l’avait laissée là, faute de savoir quoi  en faire. Il fallait qu’elle se débrouille pour vivre une vie de quelqu’un d’autre, sur un sol qui n’était pas le sien, forcément hostile. Il n’y avait aucun mode d’emploi, pas de fiche technique, pas de service après vente ou de bureau des réclamations. Elle devait faire son chemin comme tout le monde. Aveugle, elle ne voyait pas celui des autres et le sien, avec les années s’était avéré sinueux, tellement complexe qu’elle se demandait en se pinçant la peau si quelqu’un quelque part ne s’amusait pas avec elle, en agitant des fils n’importe comment, en tous sens.

Le temps était devenu son pire ennemi, elle courait , elle courait pour le rattraper, mais il se dérobait. Elle arrivait toujours en avance ou bien trop tard, après la fête, avant la distribution des rôles. Il n’y avait jamais de chaise prévue pour elle. Elle s’asseyait dans un coin, le plus sombre mais le visage découvert. Dans la pénombre, elle apparaissait comme un masque blême, une tête sans corps effrayante et au regard circonspect, suivant les yeux écarquillés les faits et gestes de la condition humaine. Avec courage elle s’appliquait à rattraper ce temps indomptable, elle en ressentait de la frustration, comme coincée entre deux portes, les fesses mal calées sur une chaise à trois pieds. Elle s’était résolue à vivre à côté de sa vie, à n’avoir aucun place ni aucun rôle précis, surtout pas de but ni de fin.

Elle acquis à mesure que progressait sa dépersonnalisation, un don particulier, celui de n’être jamais attendue nulle part et donc elle apparaissait comme par enchantement. Elle surprenait ses congénères par la rapidité de sa réflexion, ses mots toujours pertinents; elle pensait à toute vitesse, devançait les désirs, voyait avant les autres, ce qu’ils allaient faire et lisait dans la pensée d’autrui. C’était moche, ce qu’elle voyait était moche. C’était l’inconvénient de cette faculté, elle chercha un moyen de filtrer puis de classer pour enfin archiver mais les pensées débordaient, les souvenirs s’accumulaient.

Elle était obligée de parler pour restaurer l’équilibre. Pour ça aussi, il fallut qu’elle s’organisât car tout sortait en une pluie torrentielle, les mots s’entrechoquaient dans sa bouche, des phrases sans sujet, des mots les uns dans les autres qui du coup devenaient inintelligibles. Elle bégayait car les pensées des autres étaient sauvages, mal éduquées, vulgaires, ingrates…

Par moments, elle avait des maux de tête intenses; une aiguille à tricoter chauffée semblait lui rentrer par le cou et dans son cerveau farfouiller. Elle sentait comme une odeur de sang au fond de sa gorge, des taches comme d’énormes mouches à merde lui brouillaient la vue, et dans son corps, son coeur s’affolait.

Et quand, elle devinait les actions des gens, elle était désappointée, elle attendait de se tromper, de commettre l’erreur de jugement qui ferait comme une faille, une fissure, le début d’un tremblement de tête qui remettrait tout en cause, lui donnerait une autre chance  de vivre sa vie. Elle n’aimait pas savoir, elle n’aimait pas voir dans les gens, ni les entendre jacasser dans sa tête.

Elle peignait des visages, des centaines, des milliers sur du carton, de la toile, du papier , un coin de table…. Elle collait des morceaux de ces gens, des objets, leurs fétiches; ainsi elle fixait la pensée. Quand elle entrait dans son atelier, des milliers d’yeux la regardaient de biais, en face ou lui tournaient le dos tout occupés à leur affaire. Tous ses visages colorés la troublaient.  Elle peignait ces visages pour se débarrasser de la présence des autres dans son corps, dans sa peau, sous ses ongles,  et là derrière son oeil gauche. Ce n’était pas un art, c’était une maladie; le seul remède, peindre, dessiner, graver, photographier, mettre en scène, cataloguer.

Elle dessinait les milliards de visages qui prenaient vie. Elle n’en avait aucune pour l’instant, mais dessiner celles des autres, leur donner corps, la calmait un peu et lui donnait le souffle nécessaire pour continuer à rechercher la sienne.

A suivre…

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Exposition du 4 septembre au 1er octobre 2009 à St-Ouen

Samedi 5 septembre 2009

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Quand je n’écris pas, je peins, je dessine, je colle, je couds…

Lasse de marcher sur des monticules de tableaux et d’objets bizarres de toutes sortes,

j’ai décidé une nuit où la lune était ronde et bien bleue de montrer une sélection de ce bazar organisé.

Ainsi, je vous invite à venir voir mon travail autour des animaux, des hommes (avec des femmes),

une exposition très colorée de tableaux de petits formats et de sculptures.

 

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Vernissage le vendredi 25 septembre de 16h à 17h30

OFFICE DU TOURISME DE SAINT-OUEN

30, avenue Gabriel Péri , 93400 Saint-Ouen – Tél.: 01 40 11 77 36

Du lundi au jeudi de 10h30 à 13h et de 14h à 18h

le vendredi de 13h à 18h et le samedi de 10h à 12h30

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Pour venir à St-Ouen

Métro: ligne 13 dir. Saint-Denis  arrêt: Mairie de Saint-Ouen

Bus : lignes 85 Terminus de la ligne, ligne 137 , ligne 166  et ligne 173 arrêt Mairie de St-Ouen – Hôtel de ville

Retrouvez d’autres infos sur:

Site de la ville de St-Ouen

Site des offices du tourisme 

 

A bientôt.

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Corps

Jeudi 30 juillet 2009

 

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Il faut qu’on vous arrache un membre que l’habitude a rendu anodin et évident

pour sentir toute la fragilité du reste de votre corps, espérer qu’on vous le rende

intact et jurer comme jamais vous ne l’avez fait qu’à l’avenir vous le respecterez,

ce membre anodin et évident.

 

La chute I: La nuit mutante

Dimanche 7 juin 2009

 La nuit mutante

Chaque nouveau pas dans sa vie s’ouvrait sur une impression vertigineuse de vide, un sentiment d’effroi qui la happait. Ses nuits se peuplaient alors de spectres à têtes boursouflées. Elle se réveillait dans une chambre obscure avec près de son lit, penchée au dessus de son corps l’être sombre à groin de cochon. Il fallait avancer et avancer encore avec dans le bide cet incessant gargouillis de terreur et d’excitation. Avec à l’esprit, l’idée fixe d’une imminente chute sans fin dans un puits d’idées, de réflexions plus ou moins cohérentes.

La peur la torturait, lui liait la langue mais développait en elle des capacités insoupçonnées. Peu à peu, elle acquit la conviction qu’elle se métamorphosait. Ses mains étaient plus agiles, son cerveau plus vif, ses facultés d’adaptation au milieu plus élargies, sa compréhension du monde et du genre humain plus réelle. Peu à peu, elle acquit la conviction de devenir un être nouveau, d’un genre inconnu, une sorte de bête à venir… Elle se changeait en un être informe , au corps transparent, une sorte d’apparition , un passe-muraille à la volonté terrible…

Chaque nouveau réveil la trouvait plus petite, biscornue, et vide. La lumière pénétrait doucement dans la chambre, par morceaux, comme en lutte avec des ténèbres tangibles. Puis elle se levait, chaussait ses pantoufles et entrait dans son atelier.


Les boîtes avec des boîtes à l’intérieur

Jeudi 15 janvier 2009

Il y a quelques jours,  je repensais à toutes les « activités artistiques et littéraires » par lesquelles je suis passée pour me trouver ou trouver ma voie(x.) Je suis arrivée à une conclusion un peu triste que je me permets de vous livrer:

 

J’ai fait de la danse pour apprendre la légèreté,

J’ai rencontré dans une glace cruelle et indifférente le pâle reflet  de mon âme serrée dans un costume mal ajusté,

Senti des milliards d’yeux sur mes fesses molles, mes jambes surdimensionnées et le trou dans le creux dans mon bide,

Et résonnent encore à mes oreilles les coups de pieds sans grâce sur des sols innocents.

 

J’ai voulu apprendre le chant pour parler aux anges

Je n’ai reçu que notes, rigueur, apprentissages fastidieux et cours froids dans des espaces glacés

Et je me suis entretenue, en vain, avec un professeur sourd, pas prêt à partager ses secrets.

 

J’ai fait de la lecture à voix haute pour savourer la langue de ma naissance,

Je me suis heurtée aux virgules, aux espaces invisibles à repérer, aux phrases sans arrêts, aux , au bégaiement idiot de mes yeux sur des mots sans intérêt,

J’ai découvert avec déception que ma langue m’était étrangère.

 

J’ai raconté de belles histoires écrites par d’autres que je voulais partager,

J’ai connu l’angoisse et la solitude car,  jugée comme un être bizarre,  j’effrayais,

Et j’ai souffert d’user d’un langage bien cadré pour parler de ce qui me submergeait.

 

J’ai commencé le Slam pour pouvoir gagner le droit de parler, d’écouter et être entendue,

Mais, je me tais quand je veux dire, admirer, respecter, encourager. Je parle quand on me dit de lire, je lis quand on me dit de dire et je prends des notes pour plus tard.

J’attends qu’arrive la sérénité.

La vie est une boîte avec d’autres boîtes à l’intérieur dissimulant  d’autres boîtes qui ouvrent sur d’autres boîtes. Seuls les emballages changent. Partout, je me sens étrangère, partout, il manque quelque chose qui pourrait me retenir, partout il manque une place pour moi, où m’installer à l’aise et croître dans l’amour. Partout, la place est déjà prise, partout il faut la reconquérir. Je n’attends pas qu’on m’attende, je n’attends pas qu’on me prépare un lit. Je cherche juste la boîte ni trop petite ni trop grande dans laquelle je pourrais m’épanouir et  inviter qui veut à partager

mon sort.

Faut-il créer sa boîte et s’inscrire dans les pages jaunes pour être trouvée ? Faut-il entrer dans n’importe quelle boîte et à force de s’imposer, en changer ?

Il faut changer les boîtes, déformer les boîtes, élargir les boîtes, casser les boîtes…

Avec les débris de papier, de verre, de carton, de plastique, d’or… en fabriquer d’autres  en carton, en bois, en peau, en écorce d’arbres, avec de l’eau, de la terre, des feuilles, des déchets, faire des boîtes personnalisées pour un monde éclaté, éclaté comme une boîte ouverte.

Il faut ouvrir les boîtes existantes et dessiner les contours des boîtes inexistantes.

J’ai choisi le dessin, l’écriture, la peinture, la musique, l’amour pour fabriquer une boîte. Pour l’instant, elle est  toute petite, j’ai bien du mal à respirer à l’intérieur, mais je continue à la construire. Déjà, certains côtés s’élèvent et je sens que je respire mieux.

Seule dans ma boîte  je médite à la manière de construire une boîte aux dimensions infinies qui embrasserait l’espace d’autres boîtes, qui remplirait et viderait en même temps les boîtes étriquées, les boîtes cabossées, les boîtes rigides, les boîtes moqueuses, les boîtes cyniques, les boîtes féroces, les boîtes cruelles et égoïstes, les boîtes éternellement fermées sur elles-mêmes, les boîtes à serrures multiples qu’on désespère de comprendre, les boîtes malades, les boîtes en imitation skaï, les boîtes à secrets d’état, les boîtes maternelles, les boîtes à papas, les boîtes sans argent, les boîtes à boîtes…..

Avec de l’eau et de l’encre dans un gobelet en plastique,  je construis une boîte à voyager dans les rêves.

 

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Cé la fêté dé la mouziké !

Samedi 21 juin 2008

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Allez en sarabandes d’ hystériques chanter faux, rire gras, danser sans grâce,

et surtout soûlez-vous honteusement…

Bonne fête à tous !

 

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