Interview de Balimurphy à l’Entrepôt (Paris 13/06/09)

7 juillet 2009

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Thomas réalise sa toute première interview pour « Parlons Zen », le Journal du Festival « Terres du son » ; Emma exécute ses tout premiers dessins d’un groupe de musique  en direct. A quelques mètres de la scène où va  se  produire le groupe belge .Balimurphy, la tension chez nos apprentis journalistes monte.. Nous sommes le 13 juin 2009, à l’Entrepôt (Paris), il est 18h.

Balimurphy est représenté par Cedric Van Caillie (chant) et Mathieu Catala (batterie)

Thomas : Pourquoi le nom « Balimurphy »?

Mathieu Catala : C’est une question qu’on nous pose très souvent. Il faut d’abord savoir que ce choix date de dix ans. On a choisi ce nom au départ parce qu’on avait une musique  fort métissée. A l’époque, on avait un violoniste très influencé par la musique irlandaise et qui  revenait de Belfast. « Balimurphy » est le nom d’un quartier très connu de Belfast, un quartier historique très important dans la résistance irlandaise. On a trouvé que le nom sonnait bien, on l’a donc adopté.

Thomas :  Au départ de Marie Warnant (ex-chanteuse du groupe partie en 2004), vous avez tout de même décidé de garder ce nom?

Cédric Van Caille :  La plupart des groupes changent de nom à des moments charnières de leur existence. Certains groupes existent ainsi depuis très longtemps, sous des noms différents. Nous n’avons jamais trouvé l’occasion d’en changer,  ou éprouver  l’envie nécessaire de le faire. Finalement, ce nom-là a été gardé depuis le début et  on s’y est  fait.

Mathieu : Dans un certain sens, c’est une question un peu à tiroirs parce qu’une des particularités de Balimurphy est de ne jamais s’arrêter. Comme disait Cédric, on n’a jamais trouvé l’opportunité de changer de nom tout simplement parce qu’on ne s’est jamais arrêté. Quand on s’est séparé de Marie, qui est partie un jeudi, le samedi suivant  il y avait un concert, Cédric a repris le chant  au pied levé.

Thomas : Ce changement a-t-il été difficile?

Cédric : Moi, j’ai toujours chanté. D’ailleurs, ça fait 22 ans que nous nous connaissons, Mathieu et moi. On s’est rencontrés dans une chorale. J’ ai fait mon premier groupe de rock avec Mathieu où je chantais. Quand on a créé Balimurphy, j’avais juste envie de m’appliquer à la guitare. Et quand Marie est partie, j’étais d’accord pour reprendre le chant. On s’est pas vraiment posé la question. Donc non, ce changement n’a pas été trop difficile.

Mathieu : Ca s’est fait naturellement. Il a surtout fallu réécrire un répertoire adapté sans s’arrêter. Tout le répertoire fait avec Marie a été évacué (même si on en joue une de temps en temps.) On a créé  un répertoire beaucoup plus adapté tant au niveau des tonalités, des mélodies que surtout du point de vue des paroles.

Thomas : Pouvez-vous nous parler de votre manière de composer vos textes et les musiques?

Cédric: Je vais pouvoir vous parler des textes car ce n’est pas moi qui les écrit.  Donc, c’est beaucoup plus facile. On a la chance d’avoir deux super auteurs, Mathieu et François, qui font des textes magnifiques. En général, ils m’apportent une série  de textes que je lis et que je mets dans un tiroir. De temps en temps, je les relis et j’en trouve un qui me plaît; j’ai une mélodie qui vient dessus et j’amène la « base » c’est-à-dire un chant voix et quelques accords guitare dessus. A partir de là, tout  est possible et on le retravaille tous ensemble. C’est ce qui se passe le plus souvent. Mais, ce n’est pas codifié, ce n’est pas toujours comme ça.  Il arrive que Mathieu vienne avec une idée de chant, que François vienne avec une mélodie…. Mais ce qu’il faut surtout retenir c’est que tous les arrangements se font quasi exclusivement ensemble. C’est un travail en commun pour avoir vraiment cette identité Balimurphy.

Mathieu : Balimurphy est une espèce de machine, de moulinette. On y met un texte ou une mélodie, soit ça prend, et alors en général, ça va relativement vite, en tout cas la première ébauche, parce que des accords de guitare nous plaisent, ou parce qu’un texte nous parle, à Cédric, à tout le monde. Puis, une fois que la machine est lancée, il y une synergie qui se crée. Mais parfois, il peut arriver que ça bloque complètement, qu’on n’ y arrive pas, soit parce simplement ce n’est pas le moment, soit parce que cette synergie ne se crée pas, alors qu’au départ, on a quelque chose de très valable, soit un texte soit une musique.

Cédric : Le morceau qu’on a essayé avec le trombone et la guitare électrique pendant que vous étiez là, le morceau « J’hésite » par exemple, nous a mis quatre ans… J’avais le texte chez moi depuis quatre ans..

Mathieu : … On l’avait essayé avec différents arrangements derrière, on avait essayé une chanson plus calme, une chanson plus énergique et puis ça n’avait jamais pris. Et, du jour au lendemain, les bons accords sont tombés sur les bons mots…

Cédric : Là, ça a été composé en un quart d’heure… Ca aura mis quatre ans et un quart d’heures.
(Rires)

Thomas : Différentes influences musicales comme du fado, du gipsy, de la chanson française… semblent coexister dans votre musique  Est-ce que chacun apporte ses influences?

Cédric : Non seulement,  on a tous nos influences musicales mais aussi  nos façons de jouer. Par exemple, moi je viens du classique. J’ai fait de la guitare classique très longtemps, ça se ressent très très fort dans mon jeu. François est complètement autodidacte et lui apporte des mélodies que moi, je ne pourrai jamais trouvé parce que ça ne me viendrait même pas à l’esprit. Du point de vue du jeu, on se complète assez en tout cas. En ce qui concerne les influences, on a en a beaucoup, de très différentes et on est pas du tout fermés. On écoute autant du rap, que du pop rock ou  que de la chanson française.

Mathieu
: Au début du groupe, on avait tous des influences différentes; il y en a un qui venait du heavy métal, l’autre de la pop… Après dix ans passés ensemble et d’innombrables soirées à se faire écouter des trucs en buvant des coups, à aller aux mêmes concerts,  les influences des uns sont devenues celles des autres. Aujourd’hui, on flashe sur les mêmes choses, dans les concerts, on a les mêmes coups de coeur au même moment. Alors inévitablement, quand on se retrouve à quatre et qu’on compose, on se souvient de certains arrangements dont on s’inspire… clairement.

Thomas : Chaque membre du groupe a l’air d’avoir un rôle bien défini, est-ce une recette de l’équilibre pour vous?

Mathieu : Le groupe, c’est quatre personnes à la base.

Cédric : Ceux qui sont là depuis dix ans!

Mathieu : Cédric au chant (Cédric Van Caillie : chant, guitares), Francois à la guitare (Francois Delvoye : guitares), Rodolphe à la contrebasse (Rodolphe Maquet : basse) et moi à la batterie (Mathieu Catala : batterie, cajon). Chacun a vraiment un rôle à jouer, cependant  tous le monde se mêle de tout. Ce n »est pas cloisonné. Cédric est évidement la figure de proue du groupe, c’est le chanteur, le leader en tout cas sur scène.  Pour le reste, toutes les décisions sont prises ensemble.

Cédric : C’est vraiment un groupe qui tourne exclusivement à quatre. Toutes les décisions, les directions artistiques sont prises à quatre. Les musiciens qu’il y a autour de nous et qui jouent de temps en temps avec nous – ce soir il y en a deux -  sont des musiciens qu’on a croisés par ci par là  et avec qui il y a eu un coup de foudre…

Mathieu : … Qui viennent avec leurs univers. Ca nous influence aussi, c’est sûr.

Cédric : Par exemple, le violoniste de ce soir est un violoniste de remplacement. C’est un violoniste qu’on n’a pas encore commencé à formater sur « c’est cela qu’il faut faire ».  On lui a  donné  la structure des morceaux, il voit où il doit rentrer et sortir. Entre les deux, il s’ amuse….

Mathieu : On aime sa manière de jouer et son univers.

Cédric : On apprécie sa façon de jouer bien entendu,…

Thomas : Il vous arrive de jouer sur des scènes intimistes comme ce soir et de présenter des concerts presque « symphonique » avec de nombreux invités…

Cédric : On a plein de formules différentes. En fait , j’aime bien dire qu’un groupe, c’ est comme n’importe quelle association, il faut des projets, des objectifs tout le temps, pour éviter de s’ennuyer, pour avancer. Donc, on essaie de se mettre  plusieurs objectifs par an, de créer plusieurs spectacles avec plein de formules différentes qu’on s’amuse à jouer en fonction des lieux et des demandes aussi. Par exemple, quand nous avons joué à Nevers, nous sommes venus avec toute la formules, les cuivres, etc… parce que c’était une demande.
Mais, on peut tout-à-fait jouer à quatre, de façon super intimiste. Et, c’est cela qui est très très gai et enrichissant. C’est pour cela  que ça varie énormément et qu’on s’ennuie  jamais.

Thomas : Comment votre musique est-elle perçue par vos compatriotes flamands?

Cédric : En Belgique, la culture est matière communautaire:  chaque communauté  s’occupe de son rayon culturel et finalement, il y a quand même un cloisonnement entre les deux malheureusement. Les moyens  sont différents et les salles sont gérées de cette façon-là. Les partenariats entre les flamands et les Flandres ne sont pas une choses naturelle. On a très peu tourné en Flandres. Depuis que le groupe existe, on a joué à Gent, à Bruxelles dans le plus gros centre culturel flamand le VK (De Vaartkapoen.) A chaque fois qu’on joue pour les flamands ou en Flandre, ça se passe très bien. Ce ne sont pas les gens qui font qu’il y a ce cloisonnement…Tourner davantage en Flandres fait partie de nos objectifs. Parce évidemment les Flamands parlent tous très bien français.  Beaucoup sont très attachés à cette langue et apprécient notamment  la chanson française festive. Il y a un tas de groupes flamands d’ailleurs qui chantent en français comme  « Zita Swoon », « Arno », ou « Vive la Fête! »… Bref, ce sont surtout des groupes flamands qui s’amusent avec le français, en passant par l’anglais, ou le flamand. C’est un joyeux mélange.

Thomas: Dans la chanson française, il y a de nombreux groupes « typiques » des villes qui les ont vu naître (Pigalle à Paris, Zebda à Toulouse, etc…). Etant natifs de Bruxelles ou de Wallonie, pensez-vous avoir une identité très belge (au travers  de vos chansons) ou au contraire une identité plus internationale?

Mathieu : Balimurphy a choisi de chanter en français, donc de restreindre son public à la langue française, quoique je dis cela mais ce n’est pas vrai, il y a plein de gens qui apprécient la chanson française sans le parler.  On est ravis d’être belges et je remarque qu’en France, les Belges ont la côte, mais nous ne le revendiquons pas dans notre musique. Bruxelles est une ville métissée. Comme tous les grandes villes, même si c’est une petite ville, il y a un quartier arabe, un quartier chinois, un quartier africain… Inévitablement,  ça influence notre musique.

Thomas : On sent un engouement certain du public pour votre musique sur scène,  prévoyez- vous une sortie en France prochainement?

Cédric : Ca ne saurait tarder. Florence Jeux qui travaille notamment pour le Festival « Terres du son »  assure notre publicité sur Tours et sa région. Des négociation sont en cours avec des distributeurs potentiels. Des gens  viennent nous voir aujourd’hui comme par exemple Zamora, maison de production et tourneur assez connu. Il y a également L’Autre Distribution qui est intéressée puis des distributeurs un petit plus  locaux.

Thomas: Oui, parce que quand même au bout de dix ans, il y a des ouvertures…

Mathieu : Il faut savoir qu’on existe depuis dix ans, mais c’est réellement la première fois qu’on fait un album vraiment personnel. Il y a eu les albums avec Marie, puis une longue période de transition. On a beaucoup changé de formules et avec cet album-ci, c’est la première fois qu’on est signé.

Cédric : En fait,  ça fait deux ans qu’on a vraiment une structure derrière nous, qui s’occupe de nous,  gère les concerts, les contrats, les tournées,  la vente du disque et produit l’album. Forcément, ça change énormément la vie et ça fait bien avancer les choses. Parce qu’il n’y a rien à faire, c’est très difficile quand on est un groupe de se vendre. C’est très délicat pour nous, on n’ose pas trop le faire….

Mathieu : Comme disait Cédric, on n’a pas changé de nom. On aurait pu sortir cet album-ci sous un autre nom; on y a d’ailleurs de nombreuses fois pensé. Cet album est en effet presque une renaissance !

Cédric : Il y a beaucoup de groupes que tout le monde connait. Les gens se disent que ce sontde nouveaux groupes.  D’une certaine façon, c’est vrai parce qu’ ils ont changé de nom. Mais la plupart du temps, ce sont des groupes qui existent depuis dix ans aussi, qui ont fait mille choses différentes.

Thomas : Pourquoi avoir choisi « Terres du son » comme Festival?

Cédric : On n’a pas vraiment choisi, c’est Florence qui nous l’a proposé. Elle nous a contactés pour ce festival et nous avons accepté avec grand plaisir bien sûr. On est ravi, c’est un beau festival.

Thomas : Vous le connaissiez déjà un peu?

Cédric : La région oui, parce qu’on a été jouer à Bourges. Florence est de cette région et elle nous fait tourner. Mais, on ne connaissait pas ce festival. On s’est un peu renseigné: c’est un sacré truc. Il y a énormément de groupes, même de très gros groupes. On est très contents de partager l’affiche avec Abd Al Malik, Emilie Loizeau, Thomas Fersen…Il y a en France,  un vivier de chansons françaises, de très bons musiciens, de très bons paroliers, avec énormément d’énergie. Dans les groupes, c’est la fête. Je m’incline et je salue les artistes.

Thomas : En Belgique, il y a des groupes qui ont choisi de chanter en anglais et qui ont réussi à s’exporter en France. On  pense à Ghinzu, dEUS, Venus. Qu’est-ce qui vous a fait opter pour la langue française? L’amour de la langue française, de la littérature…?

Mathieu : Nous sommes francophones. Et même si certains groupes parlent en anglais, pour nous, c’était une certitude, nous  voulions chanter en français, s’exprimer dans notre langue maternelle tout simplement. Après à côté on fait tous d’autres projets, Cédric et Moi par exemple, on est musiciens dans un groupe qui chante en anglais. Comme disait Cédric, je ne pense pas que la langue soit un obstacle ou qu’on s’exporte plus facilement parce qu’on chante dans une langue ou dans une autre. J’ai été faire un petit tour en Europe de l’Est, il y a quelques semaines. Il y a Partout des affiches du groupe Zita Swoon ou d’autres groupes  francophones. Louise Attaque, Tarmac ou encore Noir Désir ont énormément tourné en Europe de l’Est. Nous avons été jouer à Berlin où la musique française est appréciée tant par les berlinois germanophones que par la communauté française installée là-bas.

Emma : Sur la scène internationale, de nombreux groupes intéressants semblent disparaître aussi vite qu’ils sont apparus. Quand on est un groupe de musique existe-t-il finalement une «recette » pour durer? 

Cédric : Il faut pas lâcher, c’est tout.. Ca fait dix ans qu’on n’existe et des coups durs , des creux, on en a eus beaucoup….

Mathieu : Et des traversées du désert… On ne sait jamais retrouvé autour d’une table en se demandant si on devait continuer ou pas, dans des moments où personne ne s’intéressait à nous. On a toujours tout fait à fond qu’il s’agisse d’un vrai concert ou de se produire à la buvette du coin devant trois pelés et deux tondus…

Cédric :  Honnêtement, il existe des millions de groupes…

Mathieu :  Beaucoup de groupes qui n’existaient pas vraiment,  montent  d’un coup, se retrouvant ultra plébiscités. Ces groupes sont portés par cet engouement, mais une fois cette euphorie passée, je pense qu’alors c’est la chute…

Cédric : Il y’ en n’a beaucoup mais ce n’est pas une généralité.

Mathieu : Nous, on a eu à la fois la malchance et la chance d’avoir une trajectoire très progressive. Les choses se font vraiment petit à petit : on eu d’abord un premier concert en France, puis on en a eu deux, puis  quatre, ensuite on a fait un festival. On a joué d’abord à 16h, puis le festival suivant, à 19h.  Il n’y a pas eu un buzz ou tout d’un coup un single que tous le monde sait siffler, non. Tout se fait progressivement, c’est pour ça aussi que je pense que le groupe va durer.

Thomas :  Et d’ailleurs comment voyez-vous l’avenir pour Balimurphy?

Mathieu : Long!…

Cédric : Pour l’instant en tout cas, on se ne plaint pas car ça marche plutôt bien. On a beaucoup de chouettes dates…

Mathieu : Les possibilités sont nombreuses…

Cédric : Des professionnels s’intéressent de plus en plus à ce que nous faisons…Nous sommes ravis… tant qu’on s’amuse en tout cas…

Mathieu : On ne voit pas le temps passer.  On fera peut être d’autres projets à coté, mais je pense que Balimurphy est appelé à durer encore très longtemps.

Pour clore l’interview nous avons proposé de faire un petit portait chinois de Cédric et Matthieu qui ce sont plutôt bien prêté au jeu :

Si vous étiez une BD ?

Cédric :                                                              Mathieu :

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Si vous étiez un personnage célèbre ?

Cédric :                                                              Mathieu :

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Si vous étiez un instrument de musique ?

Cédric :                                                              Mathieu :

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Si vous étiez un souvenir ?

Cédric : Le concert à Villers-la-Ville (Belgique) un concert magique qui nous à fait décollé auprès de 3000 personnes, du délire, des instants incroyable qui se sont passé à ce moment là, un concert qui nous à permis d’arriver ou nous sommes maintenant!

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                                                                                                                      Mathieu : Une tournée qu’on n’a fait à La Rochelle, très déterminante pour un moment clé de notre carrière.

Si vous étiez un plat régional ?

Cédric : Un Stoemp Saucisse (une spécialité bruxelloise)             Mathieu : Une Fondue Savoyarde

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La chute I: La nuit mutante

7 juin 2009

 La nuit mutante

Chaque nouveau pas dans sa vie s’ouvrait sur une impression vertigineuse de vide, un sentiment d’effroi qui la happait. Ses nuits se peuplaient alors de spectres à têtes boursouflées. Elle se réveillait dans une chambre obscure avec près de son lit, penchée au dessus de son corps l’être sombre à groin de cochon. Il fallait avancer et avancer encore avec dans le bide cet incessant gargouillis de terreur et d’excitation. Avec à l’esprit, l’idée fixe d’une imminente chute sans fin dans un puits d’idées, de réflexions plus ou moins cohérentes.

La peur la torturait, lui liait la langue mais développait en elle des capacités insoupçonnées. Peu à peu, elle acquit la conviction qu’elle se métamorphosait. Ses mains étaient plus agiles, son cerveau plus vif, ses facultés d’adaptation au milieu plus élargies, sa compréhension du monde et du genre humain plus réelle. Peu à peu, elle acquit la conviction de devenir un être nouveau, d’un genre inconnu, une sorte de bête à venir… Elle se changeait en un être informe , au corps transparent, une sorte d’apparition , un passe-muraille à la volonté terrible…

Chaque nouveau réveil la trouvait plus petite, biscornue, et vide. La lumière pénétrait doucement dans la chambre, par morceaux, comme en lutte avec des ténèbres tangibles. Puis elle se levait, chaussait ses pantoufles et entrait dans son atelier.


Les boîtes avec des boîtes à l’intérieur

15 janvier 2009

Il y a quelques jours,  je repensais à toutes les « activités artistiques et littéraires » par lesquelles je suis passée pour me trouver ou trouver ma voie(x.) Je suis arrivée à une conclusion un peu triste que je me permets de vous livrer:

 

J’ai fait de la danse pour apprendre la légèreté,

J’ai rencontré dans une glace cruelle et indifférente le pâle reflet  de mon âme serrée dans un costume mal ajusté,

Senti des milliards d’yeux sur mes fesses molles, mes jambes surdimensionnées et le trou dans le creux dans mon bide,

Et résonnent encore à mes oreilles les coups de pieds sans grâce sur des sols innocents.

 

J’ai voulu apprendre le chant pour parler aux anges

Je n’ai reçu que notes, rigueur, apprentissages fastidieux et cours froids dans des espaces glacés

Et je me suis entretenue, en vain, avec un professeur sourd, pas prêt à partager ses secrets.

 

J’ai fait de la lecture à voix haute pour savourer la langue de ma naissance,

Je me suis heurtée aux virgules, aux espaces invisibles à repérer, aux phrases sans arrêts, aux , au bégaiement idiot de mes yeux sur des mots sans intérêt,

J’ai découvert avec déception que ma langue m’était étrangère.

 

J’ai raconté de belles histoires écrites par d’autres que je voulais partager,

J’ai connu l’angoisse et la solitude car,  jugée comme un être bizarre,  j’effrayais,

Et j’ai souffert d’user d’un langage bien cadré pour parler de ce qui me submergeait.

 

J’ai commencé le Slam pour pouvoir gagner le droit de parler, d’écouter et être entendue,

Mais, je me tais quand je veux dire, admirer, respecter, encourager. Je parle quand on me dit de lire, je lis quand on me dit de dire et je prends des notes pour plus tard.

J’attends qu’arrive la sérénité.

La vie est une boîte avec d’autres boîtes à l’intérieur dissimulant  d’autres boîtes qui ouvrent sur d’autres boîtes. Seuls les emballages changent. Partout, je me sens étrangère, partout, il manque quelque chose qui pourrait me retenir, partout il manque une place pour moi, où m’installer à l’aise et croître dans l’amour. Partout, la place est déjà prise, partout il faut la reconquérir. Je n’attends pas qu’on m’attende, je n’attends pas qu’on me prépare un lit. Je cherche juste la boîte ni trop petite ni trop grande dans laquelle je pourrais m’épanouir et  inviter qui veut à partager

mon sort.

Faut-il créer sa boîte et s’inscrire dans les pages jaunes pour être trouvée ? Faut-il entrer dans n’importe quelle boîte et à force de s’imposer, en changer ?

Il faut changer les boîtes, déformer les boîtes, élargir les boîtes, casser les boîtes…

Avec les débris de papier, de verre, de carton, de plastique, d’or… en fabriquer d’autres  en carton, en bois, en peau, en écorce d’arbres, avec de l’eau, de la terre, des feuilles, des déchets, faire des boîtes personnalisées pour un monde éclaté, éclaté comme une boîte ouverte.

Il faut ouvrir les boîtes existantes et dessiner les contours des boîtes inexistantes.

J’ai choisi le dessin, l’écriture, la peinture, la musique, l’amour pour fabriquer une boîte. Pour l’instant, elle est  toute petite, j’ai bien du mal à respirer à l’intérieur, mais je continue à la construire. Déjà, certains côtés s’élèvent et je sens que je respire mieux.

Seule dans ma boîte  je médite à la manière de construire une boîte aux dimensions infinies qui embrasserait l’espace d’autres boîtes, qui remplirait et viderait en même temps les boîtes étriquées, les boîtes cabossées, les boîtes rigides, les boîtes moqueuses, les boîtes cyniques, les boîtes féroces, les boîtes cruelles et égoïstes, les boîtes éternellement fermées sur elles-mêmes, les boîtes à serrures multiples qu’on désespère de comprendre, les boîtes malades, les boîtes en imitation skaï, les boîtes à secrets d’état, les boîtes maternelles, les boîtes à papas, les boîtes sans argent, les boîtes à boîtes…..

Avec de l’eau et de l’encre dans un gobelet en plastique,  je construis une boîte à voyager dans les rêves.

 

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Le prix Baobab pour « La nuit du visiteur » de B. Jacques, auteur pour la Jeunesse

15 janvier 2009

 

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Connaissez-vous Benoît Jacques? C’est un auteur de livres pour la Jeunesse qui a la particularité d’auto-éditer une grande partie de ses livres, il réalise  notamment des livres précieux et des flip-books très sympas et occupe une place singulière dans l’édition jeunesse.

Il a également travaillé pour certains éditeurs comme Albin Michel ou L’école des loisirs.

 

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Cliquez sur le roman pour accéder à son site

 

J’avais beaucoup aimé Je te tiens, un beau livre en noir et blanc qui avait été offert à tous les enfants de crèches de la Seine-Saint-Denis il y a quelques années. Il mettait en scène deux personnages, un petit malin et un gros pas très intelligent et un peu méchant qui jouaient à « Je te tiens ». Vous savez le jeu où deux enfants l’un en face de l’autre se tiennent par le menton en chantant « je te tiens, tu me tiens par la barbichette… » le but du jeu étant de ne surtout pas rire. Dans l’histoire, le gros et le petit finissent par en venir… aux mains… C’est jubilatoire (non je n’encourage pas la violence, mais quand même, on se marre bien !)

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(Cliquez sur les bonshommes pour lire une critique de cet album)

 

Cette année, le dernier album de Benoît Jacques, La nuit du visiteur, a reçu le prix Baobab du Salon du livre et de la presse de jeunesse de Montreuil, une véritable consécration. Et c’est bien mérité, cet album illustré en trichromie est un vrai régal pour les yeux, les oreilles, les yeux et les oreilles… Il raconte en rimes, comment une grand-mère sourde comme un pot (on se demande d’ailleurs si elle ne le fait pas un peu exprès) aura raison d’un loup venu la dévorer (on connait la chanson.) Notre loup aura beau user et abuser de ruses rhétoriques et de déguisements, il se cassera les dents contre le « mur de la surdité »…

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On rit de l’air faussement niais de la Grand-mère. On apprécie les différentes métamorphoses graphiques du loup. On y voit peut-être un passage en revue de diverses créatures de cauchemars(symboliques?)On apprécie le choix et l’alternance du blanc, du rouge et du noir, qui dynamise un récit à priori plus long que ‘ »la normale ». On remarque aussi le jeu de cadrages en inversion qui fait monter la tension et participe à la dramatisation de l’histoire. Et surtout, on s’amuse comme des fous à lire l’histoire à haute voix car on peut enfin hurler, chuchoter, jouer avec sa voix et les mots… Mais là, je vous en ai trop dit…

Ecoutez ici  Benoît Jacques parler de son livre et de son travail…

Et le titre ? La nuit du visiteur ferait-elle écho au film La nuit du chasseur, récit sombre et cruel dans lequel R. Mitchum, en chasseur implacable, traque deux petits fuyards pendant toute une nuit… (Je vais mener l’enquête.)

 

Feuilletez-le en bibliothèque, zieutez-le à la Fnac, lisez-le par dessus l’épaule de quelqu’un dans le métro, mais surtout laissez votre curiosité partir à la découverte de ce délicieux album !

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Rencontres: écritures voyageuses

4 janvier 2009

Pendant une dizaine de jours, j’ai pris les même lignes de métro et de RER pour me rendre à une formation en banlieue parisienne. Prendre les transports à 7h00, à 7h30 ou à 8h00, c’est participer aux flux abrutissants de voyageurs. J’ai rencontré les mêmes visages pendants plusieurs jours. Des visages qui m’ont certainement reconnue. Pas de liens entre nous pour autant. Une chose m’a frappée: le nombre toujours grandissant des dormeurs. J’ai voulu en parler…

 

« Blanc puis bleu »

Trois agents de la RATP s’amènent. Blanc puis bleu.

Le vagabond avec toute sa vie autour de lui se retient au Selecta. Debout dans son pantalon trop large, il fait face  aux visages aux yeux mouillés. Des traînées par centaines, des traînées sales laissées  par le temps passé la face contre terre, lui font des rides irrégulières sur son visage au teint de vieux papier journal. Ses mains  zébrées de lignes fines décrivent un destin compliqué. Mais cette main est fière. Quand il s’explique, il les agite et on voit leurs ongles jaunes et noirs. Les mots qui viennent jusqu’à ses lèvres sortent en pluie, en torrent, en cascade. Il veut qu’on sache qui il est, pourquoi il est là et où il va avec ses dix-huit sacs et ses trois manteaux de laine, qu’il porte les uns sur les autres.

Il se fout d’être sale, il ne connait pas la « propreté » de Paris. Il est le ventre- égout de Paris. L’odeur de sa peau est celle des trains qui passent par dizaine à la minute, des papiers gras des sandwichs jetés dans la poubelle près de laquelle il s’est couché et du vomi que répand le voisin clochard les nuits d’orgies. La femme en bleu blanc, essaie de garder sa compassion en respirant par la bouche.

La vermine, il la côtoie tous les jours. La vermine s’est posée près de sa couche. Partout des rats gros comme des chats; des milliers de cafards grouillent et font dans son sac comme un rembourrage mouvant, dans ses pulls les amis cloportes, toujours là, en avance pour ramasser les restes. Le vagabond ne sait s’ils attendent qu’il passe l’arme à gauche, peut-être sent-il déjà la mort? Il se demande lesquels des puces, des poux ou des vers le becquetteront en premier et ça le fait rire, toutes ses bestioles qui s’affolent sur son corps le soir.

Le cacher, les hommes de la RATP aimeraient le cacher, lui, le vagabond du métro qui pue et qui se marre, la gueule ouverte. Ca fait longtemps que sa fierté s’est faite la malle. Les regards des agents assermentés (de ça, il n’en est pas certain) glissent sur lui comme l’eau qu’on lui jette avec pitié pour qu’il se lave. Mais,il ne saurait par où commencer pour retrouver une figure humaine.

Tout est calme, le blanc-bleu fait place au bleu outremer, bleu colère, plus sévère, armé. Bleu matraque, bleu empoignade et bleu cris.

Le vagabond a pris la fuite, a laissé toute sa couche sur le quai du métro, qui fait une tache sombre aux contours flous.

Encore un microbe balayé, pointé du doigt, regardé de haut, dehors, dehors, dehors.

 

« Oscar et Balthazar »

Oscar et Balthazar sont assis sur un banc. Oscar a faim et pense avec douleur au lendemain. Demain, la faim sera plus vivace, plus féroce. Balthazar a soif. Son corps imbibé d’alcool ne réagit plus, l’eau passe au travers et s’en va. L’eau qui coule du robinet encastré dans le mur du tunnel du métro ne le désaltère pas.

Oscar et Balthazar sont assis parmi des dizaines de sacs crasseux comme leur trogne. Balthazar a emporté des objets de son ancienne vie: des habits  d’homme très sérieux, des ustensiles de cuisine de grand chef cuisinier et les produits de la beauté de son ex-femme. Oscar a vidé dans les trois poches géantes  de son pardessus les livres-amis: Montherlant discute avec Montesquieu, Racine danse la gigue avec Yourcenar et Nothomb fait quelque pas de côté dans la poche intérieure de son imperméable mangé aux mites. Il y a dans un petit sac en cuir des crayons pour des cahiers fantômes et des albums-photos aux yeux vides.

Oscar et Balthazar aimeraient aller au square, manger de l’herbe, boire le vent, marcher les pieds nus et frais sur la pierre en chantant. Mais Balthazar et Oscar sont assis sur un banc. Seul l’ oeil, même rougi, même cerné et baveux, vit. Il suit en se moquant, la valse des pieds des passants qui ne se lassent pas de passer et de repasser devant eux sans les voir. Normal, ils font partis du décor, ils sont les corps-affiches.

Mourir ne suffirait pas à faire disparaitre la peine que je lis sur les visages de plus en plus nombreux qu’on soit clochard, ou bien heureux smicard dans sa grande HLM louée au rabais.

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M. Monsieur questionne Hematome : Mais que fait Hematome?

24 novembre 2008

mmonsieurtte.jpg M. Monsieur: « Bonjour à tous, très chers blogueurs! Nous recevons aujourd’hui dans notre émission mensuelle « De la place pour tous les points de vue » un personnage singulier. Fervent défenseur d’un cinéma original, maître ès Bandes dessinées, versé à la fois dans les arts et la philosophie du quotidien, jongleur enthousiaste qui manie les mots comme les images avec une facilité déconcertante… Et j’en passe, la liste de ses compétences serait trop longue, nous n’aurions plus le temps de l’entendre nous parler de son travail. Hé, hé, hé!… Veuillez donc accueillir  comme il se doit Hématome

Bonjour… Mais vous êtes deux? » (Visage du journaliste un peu surpris.)

Le gars: « Derrière Hematome se cache en effet un gars et une fille. (Il faudrait mieux vous renseigner, je dis ça mais je dis rien.) Pourrions-nous d’ailleurs avoir une seconde chaise ou  préférez-vous  peut-être que l’un de nous s’assoit sur vos genoux? »

M. Monsieur: « Hum…Une deuxième chaise pour nos deux invités voyons! » (Pourquoi personne ne m’a dit qu’ils étaient deux?)

(Un assistant hilare arrive avec une chaise. Les deux invités s’installent côté à côte.)

La fille: « Merci. »

M. Monsieur: « Alors… donc… Hematome c’est qui, c’est quoi? »

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La fille: « Je suis Ze Emma Nation, responsable des arts, de philosophie, de littérature de gare. Nous voulions créer une image et un univers communs tout en préservant l’espace personnel de chacun. Je me suis naturellement positionnée sur ce que j’aime. »

Le gars: « Je suis Toma Lou Koala, et pour ma part, je m’occupe de BD, de critiques de film et de musique. Nous discutons beaucoup de nos articles avant de les rédiger. Nous souhaitons donner une image honnête, sympathique et sincère à ce travail à quatre mains. Nous aimons ce partage et cette belle émulation. »

M. Monsieur: L »ouverture » culturelle et le « partage » de compétences, ça  nous plaît beaucoup, à nous lecteurs. C’est une affaire qui semble rouler entre vous. ..Chacun parle de ce qu’il maîtrise. Mais, parfois, l’un prend-il la place de l’autre et pourquoi? Par exemple, je me souviens d’un article sur une galerie. C’est votre domaine Ze Emma Nation pourtant ce n’est pas vous qui l’avez rédigé. Comment expliquez-vous ce manquement à la règle?

Emma: « Appelez-moi Emma voulez-vous, Monsieur… Madame, c’est ça?! »

M. Monsieur: « Je préfère Monsieur Monsieur... »

Emma (agitant la main comme pour chasser une mouche): « Oui, bon, M. Mademoiselle… Hematome rédige parfois certains articles à quatre mains en effet, ou intervertit les rôles. Nous trouvons que c’est important pour nos lecteurs de changer parfois de formules, et de connaître un autre point de vue  exprimé avec des termes différents. Nous détestons nous enfermer dans des habitudes. C’est comme dans un couple, il faut changer de place, vous voyez ce que je veux dire, c’est comme une complémentarité à remettre en question régulièrement… » (elle se penche laissant voir son décolleté généreux)

-M. Monsieur (rougissant, les yeux sortant de leurs orbites à son insu): « Euh oui, certes, certes… En parlant justement d’ »habitude ». Puis-je me permettre une remarque? »

-Toma (il rapproche tranquillement sa chaise des genoux de M. Monsieur): « Faites donc votre métier ! »

-M. Monsieur (machouillant sa branche de lunettes d’un air inspiré): « Vous êtes un peu -permettez-moi l’expression- des feignasses! On se demande ce que vous fabriquez? »

-Toma (se cale dans son siège et observe  d’un oeil supérieur le journaliste) : « Des f… Ce qu’on f… Plaît-il?« 

-M. Monsieur: « Et bien oui. (M. Monsieur se rengorge et détend le noeud de sa cravate) Nous avions eu un formidable article sur « une année de cinéma » dans lequel vous nous proposiez votre choix de films marquants. Vous n’avez rien fait cette année. D’ailleurs, vous écrivez de moins en moins. On ne s’invente pas critique pour le beauté du mot! Il faut être régulier, pour tenir son lectorat … en éveil! Moi, voyiez-vous je trouve qu’un tel manque de rigueur, une telle… faille dans vos promesses ressemble à du « jmenfoutisme   Seriez-vous occupé à d’autre chose? Votre promotion personnelle, par exemple? (M. Monsieur affiche un sourire satisfait  lui, le  faisant étrangement ressembler à cette race hideuse de  crapaud.)

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-Toma: « Il lui arrive quoi au nain-là? Vous écrivez des articles, dites moi? Vous créez des choses vous assis sur votre siège design dans votre tenue faussement décontractée et franchement passée de mode. Vous défendez  univers particulier… quelque chose qui vous distingue et vous permet exister parmi la médiocrité?!  (Toma se penche un peu plus vers son interlocuteur sur le crâne duquel s’agite une veine)

-M. Monsieur: ….

-Toma: « Je me disais bien. »

-Emma: « Homme de mes rêves, le petit monsieur assis sur son trône ne fait que son travail, bien tristement je dois l’avouer, mais il faut bien qu’il mange…  N’est-il pas mon mignon avec ses tout-petits pieds, sa large cravate et son air sérieux comme un pape (Emma nation lui lance un clin d’oeil )Oh regarde, il rougit! Peut-on être aussi chou!

-M. Monsieur: « Pour votre gouverne, Hematome,  je chausse du 42, ce qui est une taille tout à fait raisonnable pour un homme tel que moi. Je conviens que je ne manque pas d’un certain charme. Les femmes me trouvent d’ailleurs des qualités. Enfin, la cravate large est très tendance en ce moment… Et c’est M. Monsieur! »

-Toma (légèrement agacé): « Bon c’est pareil…  Hematome a fêté effectivement quelques naissances. J’ai ouvert avec un excellent ami, un blog consacré à de l’improvisation BD, appelé Improzine. Nous y explorons des formes de la création collective comme « le Macchabée délicieux ».

Cliquez pour entrer dans:

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Vous devriez allez y jeter un coup d’oeil histoire d’apprendre… des choses. Je viens également d’ouvrir une page My space car je trouve le concept très hipe... C’est ça très hipe. Je suis en contact avec certains acteurs, c’est réellement pas-sion-nant. Et surtout, j’ai l’occasion de découvrir des groupes de musique, des artistes plasticiens, une vrai communauté! Ah, ah, ah!

monespaceamoi.jpg (Cliquez pour entrer dans l’espace.)

Ma tendre et douce a ouvert son propre blog dans lequel elle présente  son travail pas à pas. C’est cela, ma douce? Le musée miroiteur occupe beaucoup de son précieux temps. Elle vient d’ouvrir  son tout premier site , « la Galerie d’Emwoa » dans lequel elle souhaite montrer ses réalisations d’une manière plus professionnelle, n’est-ce pas, délicieuse compagne?!

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(Cliquez sur Loulou pour visiter la galerie)

Au moment où je vous parle, Emma ferme son blog pour se concentrer sur son site. Vous l’enviez, n’est-ce pas?!

-M. Monsieur: C’est qu’…. Enfin...

-Toma: Non, ne dîtes rien, vos yeux parlent pour vous… Voilà. C’est du travail tout de même. Nous, les créatifs sommes des sortes, comment être clair?… des puits d’idées sans fond, en autorégulation perpétuelle, pleins de nouvelles inventions.. vous saisissez l’image?

M. Monsieur: Euh, oui!

Emma: « A côté de l’animation de blogs et de sites, nous travaillons à d’autres projets personnels centrés sur la réalisation d’albums et de d’exposition. Nous ne chômons pas. Il est vrai que nous devons nous organiser afin de mener l’ensemble de nos activités de front. Nous adorons cette effervescence dont le commun des mortels n’imagine même pas la puissance érotique. »

Toma: « Oui c’est cela. L’image est magnifique, mon ange. Il faudra que tu écrives sur la dimension érotique de toute création. C’est une idée… »

M. Monsieur: « Bien, bien, quel enthousiasme!… (M. Monsieur demande un verre d’eau ) Nous étions loin de nous douter… de douter de .. voyons que voulais-je dire au fait? (Il regarde discrètement ses fiches pendant que Emma et Tom se regardent amoureusement dans les yeux)Et maintenant,  euh, comment imaginez-vous votre travail? En pointillé, je suppose?

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Toma (regardant sa montre): « Vous supposez bien pour une fois. »

Emma: « Ce que veux dire mon compagnon de tous les bonheurs, c’est que nous envisageons en effet de travailler de manière plus occasionnelle sur notre blog. Cependant, nous peaufinerons tout particulièrement chaque article publié afin de conserver une certaine image. Nous avons mûri, nous souhaitons que cela se voit. Nous pensons nous engager bien plus dans notre travail d’écriture et  dans la sélection de nos sujets.

M. Monsieur (regardant sa montre) : « J’ai toujours dit que la qualité primait sur la quantité. »

Hematome: « …. »

M. Monsieur: « Bien, nous arrivons aux termes de notre interview. Un petit mot pour conclure votre première intervention publique? »

Emma (susurrant): « Vous êtes un peu con tout de même. »

M. Monsieur (rougissant de plus belle) : « Ce sera donc le mot de la fin. J‘ai un de ces maux de crâne). « De le place pour tous les points de vue » remercie Hematome pour cette rencontre, pleine de franchise et de fraîcheur.

Hematome se lève et salue.

Toma : « Punaise de punaise! Quel avorton! »

 (Ils sortent en gloussant…)

LEUR MORALE… et la nôtre un film de Florence Quentin

22 septembre 2008

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topthomas.jpgLEUR MORALE… et la nôtre un film de Florence Quentin (2008) :

A l’heure actuelle, les bonnes comédies du cinéma français se font de plus en plus rares. Lorsque l’on veut aller au cinéma pour passer un bon moment de saine poilade, on nous propose uniquement des pochades de films à l’humour gras, potache et  vulgaire qui ne font que niveler par le bas le genre du cinéma populaire. Les plus beaux exemples de 2008 sont bien sûr « Bienvenue chez les chtis« et « Asterix aux jeux olympiques ».  Je pourrais  d’ailleurs en citer d’autres aussi connus tels que : « Disco« , « Brice de Nice« , « Camping« , « Les Bronzés III« , mais j’arrêterai là mon énumération! Je trouve déplorable que le cinéma français n’ai pas su renouer avec un genre qu’il maitrisait pourtant parfaitement il y a bien longtemps. Récemment, j’ai découvert le film de Marcel Carné « Drôle de drame« (1937) avec dans les rôles principaux Michel Simon, Louis Jouvet et Jean Louis Barrault sur des dialogues de Jacques Prévert et je dois dire que je n’avais pas passé un si bon moment devant un film français depuis belle lurette! Le cinéma de l’époque et celui qui l’a suivit quelques années plus tard privilégiaient: le vrai talent des acteurs, l’humour décalé, le burlesque et les dialogues fins et truculents. Et, si vous en doutez, revoyez donc ou découvrez les films de  Jean Girault, Jean-Pierre Mocky, George Lautner, Michel Audiard, Robert Dhéry, Yves Robert, Henri Verneuil, Patrice Leconte, Claude Zidi, Gérard Oury, et j’en passe…

Tout cela pour dire que les bonnes comédies mettant en avant les qualités citées plus haut ne sont pas légions; ce qui m’amène à vous parler du film de Florence Quentin « LEUR MORALE… et la nôtre » avec André Dussollier et Victoria Abril dans les rôles principaux.

L’histoire : Les Gustin sont un couple de « bon Français ». Combinards et radins, ils écument les supermarchés à la recherche des produits « satisfait ou remboursé » afin de les revendre en douce dans leur petit marché clandestin. En « bons voisins », ils s’occupent de la gentille petite vieille dame qui habite à côté et qui prévoit de leur laisser son héritage. Tandis qu’ elle décède des suites de l’indigestion d’une paëlla avariée vendue par les Gustin, ces derniers vont avoir la mauvaise surprise de ne pas toucher un kopec de l’héritage et de découvrir que leur nouveau voisin, seul héritier, est un arabe… N’acceptant pas cette situation les Gustin vont se lancer dans une enquête impitoyable pour confondre cet usurpateur. A partir de là, tous les coups sont permis!

Habituée de la satire sociale, de la caricature et des travers de la famille française, Florence Quentin (la scénariste de « La vie est un long fleuve tranquille« , « Tatie Danielle » ou encore de l’excellent « Le Bonheur est dans le pré« , tous réalisé par  le trop rare Etienne Chatiliez) nous gratifie de nouveau d’une de ses spécialités. Cette fois-ci, elle s’attaque à un couple de Français moyens, pingres, racistes, profiteurs, poujadistes et  veuls, derniers représentants d’une France pétainiste. L’interprétation cinglante de Victoria Abril et d’André Dussollier est particulièrement convaincante et on sent bien que les deux acteurs s’en sont donnés à coeur joie. Leur jeu est d’ailleurs la qualité principale de ce film. En effet, il ne faut pas s’attendre à une mise en scène trop léchée ou ingénieuse, elle reste dans l’ensemble assez académique. Florence Quentin reste une plus grande scénariste que réalisatrice. Toutefois, je serais un peu plus indulgent en disant que dans ce type de comédie, on n’attend pas forcément des trouvailles de réalisation (nous ne sommes pas dans un film d’Albert Dupontel!) Au-delà de cet aspect, « LEUR MORALE… et la nôtre » est un film familial bien réussi qui en amusera sûrement beaucoup pour les thèmes très actuels qu’il aborde (le pouvoir d’achat, le voyeurisme, la paranoïa, …)  et par son tableau acerbe d’une France populaire rétrograde à souhait.

En guise de séance de rattrapage, pour tous ceux qui aiment les bonnes comédies et qui les ont ratées  en 2008 au cinéma, je recommande à leur sortie DVD : « La personne aux deux personnes » de  Nicolas & Bruno, « Eldorado » de Bouli Lanners, « JCVD » de Mabrouk el Mechri (voir notre article sur ce film dans la catégorie cinéma), ou encore « J’ai toujours rêvé d’être un gangster » de Samuel Benchetrit.

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On est tous des martyrs!

14 septembre 2008

Je viens d’aller voir Martyrs, film maintes et maintes fois critiqué bien avant sa sortie et qui a bien failli ne jamais passer dans les salles obscures.

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Quand je suis sortie du cinéma, j’avoue que je ne me sentais pas très bien. Je ne suis pourtant pas une âme trop sensible et au niveau cinéma, je suis suffisamment éclectique pour accepter tous les genres et toutes les histoires. En plus, je suis plutôt bon public, je trouve toujours de bons côtés à une création, là où ma moitié se montre parfois plus catégorique (et vice et versa.) D’ailleurs, en parlant de ma moitié, il n’a pas voulu s’exprimer – c’est dire!- tant il s’est senti floué.

Vous savez, je suis comme pas mal de personnes: quand on m’interdit quelque chose, je m’empresse de le faire en y mettant tout mon coeur. Pire, de mauvaise foi, même si l’expérience s’avère être un échec cuisant, je sais comment ne pas perdre la face. Donc, forte de mes convictions et drapée dans mon ouverture d’esprit de cinéphile enthousiaste, je vais voir le dernier film de Pascal Laugier, produit par Richard GrandPierre à qui on doit notamment Meurtrières (Coeurs sensibles, réfléchissez bien avant de vous compromettre!)

Mais là, je dois admettre que je suis très mal. J’ai horreur en effet de donner raison aux autres, les comités de censure, la critique sous toutes ses formes…

Bon, j’ai assez fait durer le suspense. Pourquoi Martyrs passe mal, alors que j’ai, par exemple, apprécié même à rebours Calvaire de Fabrice de Weltz et trouvé intéressant A l’intérieur d’ Alexandre Bustillo ? Martyrs part d’une idée comme une autre, la définition du terme « martyr(e) » en lui même: « Martyr(e) » veut dire « témoin. Autour de cela, se développe une intrigue qui tourne autour de deux jeunes femmes interprétées brillamment par Morjane Alaoui (Anna) et Mylène Jampanoi (Lucie.) Lucie est placée dans une sorte de foyer pour enfants à problèmes après avoir subi violences et séquestration. Asociale et violente, elle est solitaire, jusqu’à ce qu’ Anna la prenne en amitié. Lucie semble guérir en taisant ses supplices passés. Mais, une bête hurlante vient la mutiler pendant la nuit. 15 ans plus tard, Lucie, le visage et le corps couverts de multiples cicatrices, la haine, la colère et l’incompréhension dans les yeux vient régler ses comptes. Elle connait l’identité de ses tortionnaires. La manière est radicale, brutale, sans merci. Elle est bientôt rejointe par sa seule amie qui découvre l’horreur de la scène. Jusque là tout va bien. L’image est maîtrisée, l’introduction met l’eau à la bouche, les comédiennes sont stupéfiantes.

Je me cale dans mon fauteuil, et j’attends la suite… un peu mal à l’aise… Car la violence du règlement de compte me saute au visage et claque dans mes oreilles encore longtemps après.

Le film se poursuit, la violence s’intensifie. Mais l’image persiste à être belle… Et à un moment, (je ne vous dirai pas lequel, pour ne pas gâcher le plaisir de ceux qui voudront aller voir le film) le scénario dérape. Les fondus au noir rendent interminable une violence répétitive et cruelle: comme la comédienne, je suis couverte de sang, j’ai des bleus innombrables, je ne peux plus parler, je n’ai plus aucun espoir de survie… Les scènes de tortures s’éternisent. J’ai la conviction que toute cette violence mène quand même quelque part, alors je m’accroche et regrette toutefois de n’avoir pas picolé un peu avant la séance. J’ai mal au ventre, j’ai des plaies béantes sur les bras, une tête de femme battue à mort par son mari, assise honteuse devant l’oeil froid d’un fonctionnaire de Police. Je suis la petite fille ramenée d’urgence à l’hôpital pour une chute dans l’escalier. Vous me suivez?

Enfin, viennent quelques explications. On comprend mieux mais pas tellement. Les 50 premières minutes m’ont conditionnée. Je m’attendais à autre chose, de plus fantastique, de plus viscérale, et surtout de plus finement amené. Comment faire passer un message fort, crédible, pertinent après de telles images? Y en a-t-il un au fait, de message? Mais pourquoi chercher un message quand il n’y en a pas ?!…Et cette photographie qui s’obstine à être magnifique! Les motivations restent ignobles car Pascal Laugier a oublié de les aborder avec la force qu’il a utilisée pour évoquer les moyens.

Un peu déçue…  J’ai assisté à quoi en fait?

Du coup, je ne peux m’empêcher de penser au cinéma de genre (français mais pas seulement) et au cinéma d’une manière générale. Peut-il tout se permettre? La violence à outrance, l’exacerbation de la rétine du spectateur compatissant, par un choc visuel qui devient forcément mental… Alors que nous vivons une période où conditionnés par les médias nous sommes devenus « indifférents » à la violence quotidienne, aurions-nous besoin que l’art reproduise des chocs émotionnels par l’image et le son, seuls capables de nous faire prendre du recul sur la réalité? Le cinéma devrait avoir le bénéfice de sa propre nature, n’être qu’une transcription d’un genre de réalité, déformée par l’écran, les cadrages, mis en scène par les « névroses » de chaque réalisateur, donc forcément partial ? Le cinéma de genre doit-il faire son lit sur la banalisation de la violence et le reality show?… Quel recul prendre sur les images filmées par Laugier alors que tout parait si réel? Quel discours mettre en place? S’agissait-il d’un « divertissement pervers »? Sommes-nous devenus des spectateurs « pervers »? Je vais loin , là…

Plus brièvement, le cinéma contemporain, avec ses effets spéciaux, excuse-t-il le manque de scénario? Nous sommes habitués à la violence au cinéma. Je citerai par exemple Rec de Jaume Balaguero, Hostel d’Eli Roth, La Colline à des yeux d’Alexandre Aja, Devil’s Rejects de Rob Zombie, Saw de James Wan, Old Boy de Park Chan Wook, Audition de Takahashi Miike,Trouble Every Day de Claire Denis, Requiem for a dream de Darren Aronofsky…) Il me semble qu’ici la violence sert un dessein clair, justifié ou non, là n’est pas la question.

Nous sommes aussi habitués à des scénarios qui se tiennent, quelque soit le genre cinématographique. J’ai particulièrement aimé pour cela Dante01 de Marc Caro, Juno de Jason Reitman, La sciences des rêves de Michel Gondry, Le labyrinthe de Pan de Guillermo Del Toro, The Fountain de Darren Aronofsky, 36 Quai des orfèvres d’Oliver Marchal, Shutter de P. Wongpoom et B. Pisanthanakun, Les neuf reines de Fabian Bielinsky, Mullholland Drive de David Lynch, Memento de Christopher Nolan, Usual Suspects de Brian Singer, La leçon de Piano de Jane Campion … Chacun attend, je crois, que chaque film soit une expérience intime, drôle, éprouvante, moralisante, singulière…

Devant Martyrs, j’ai ressenti une peur viscérale puis un grand vide. Comme une difficulté à me situer… De vous à moi, ce n’est pas franchement bon signe.

Alors après ce petit commentaire gentillet mais qui donne le ton, si vous souhaitez voir ce film, buvez un coup avant! Parce que si le but de Pascal Laugier était de faire un film de violences, c’est réussi, mais quel dommage!

Ma moitié s’en mêle finalement et vous dit : « si vous voulez voir un film un peu glauque mais vraiment réussi, préférez plutôt Surveillance de Jennifer Chambers Lynch.

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Le 4ème Festival TERRES DU SON au château de Candé

21 juillet 2008

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testhematome3.jpgC’est un peu par hasard que nous avons découvert ce festival à l’affiche riche et prometteuse. Car comme toujours à cette époque de l’année, il fleurit un nombre hallucinant de festivals de musique, le tout étant de choisir le bon quand on ne peut pas aller partout. Ainsi nous pensons que ce petit festival à un bel avenir devant lui, mais laissez-nous vous présenter son organisation, son lieu et ses invités…

Le festival :
Dans le vaste domaine du château de Candé situé dans la commune de Monts (37), nous découvrons avec enthousiasme un festival de musique « écolo ».

Le cadre est superbe. Après une bonne dizaine de minutes de marche le long d’un chemin de terre parmi des arbres vigoureux, nous arrivons enfin sur le territoire du festival. A l’entrée se massent des boutiques vendant des produits « ethniques », bijoux en bois, sacs indiens, chapeaux de carnaval, batiks… une tente où l’on savoure, assis sur des coussins, un thé à la menthe et des pâtisseries arabes… des tables où des curieux participent à des jeux qui font parler d’eux… A l’intérieur du festival, la Police verte conseille les badauds, la Croix rouge attend ses futurs bénévoles, et des « toilettes sèches » accueillent les filles et les garçons pressés. Dans ce genre de toilettes, on utilise des copeaux de bois pour couvrir sa petite commission; et miracle, après plusieurs heures, les toilettes sentent aussi bon qu’au début du festival!

Nous allons de découverte en découverte : des messages écolos suspendus aux arbres aux verres consignés, en passant par la distribution de cendriers aux couleurs du festival. Tout aurait été parfait sans quelques désagréments : les jeunes, murgés à la bière, qui ne tenant plus debout s’écrasent à vos pieds, les malpropres qui urinent sur les bâches délimitant le festival devant les yeux des enfants, verres en plastique et serviettes en papier jonchant le sol au bout du deuxième jour de festival, le comportement un peu « border line » de groupes non organisés rassemblés un peu partout, d’avantage pour chahuter que pour écouter de la musique et surtout une foule beaucoup trop nombreuse pour la taille du festival, quasi impossible à canaliser malgré le nombre de bénévoles oeuvrant pour la propreté des lieux. L’évènement serait-il victime de son succès ? Vous nous direz, c’est un festival de rock, donc on peut s’attendre à quelques débordements. Mais tout de même, le rock est-il devenu incivique ? Nous ne croyons pas. Alors?

Les Concerts :

topemma.jpgOrange Blossom : Orange Blossom est un groupe français à la musique métissée. La chanteuse charismatique du groupe est littéralement entrée en transe sur scène et nous a offert un grand spectacle, généreux et puissant. Le groupe a communiqué à la foule serrée de spectateurs un souffle venant d’ailleurs. Quel plaisir de pouvoir identifier l’origine de quelques sonorités insolites entendues dans plusieurs chansons de leur premier album ! Ce groupe est pour moi un Grand coup de cœur. Pourvu qu’ ils continuent !

http://myspace.com/orangeblossommusic

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Orange Blossom : Découvert grâce à un emprunt à la médiathèque par Emma il y a 1 an ou deux, ce groupe rythmait avec entrain nos séances de travail à la maison. C’est donc avec un plaisir non dissimulé que nous avons assisté à ce concert ! Composé de quatre musiciens d’origine, d’horizon ou de culture différentes, ce melting-pot musical n’est pas sans rappeler des groupes comme Ekova ou Dead Can Dance. Le style est un mélange de musiques du monde mêlées à des sons électro. En concert, chaque membre du groupe fait le spectacle, à commencer par la chanteuse à la voix envoûtante, suivie de près par le violoncelliste survolté et deux percussionnistes se répondant l’un l’autre. A noter que Orange Blossom sera présent en concert gratuit à Paris Plage le 16 août prochain.

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The Do : je ne connaissais qu’une de leurs chansons, celle qui a été utilisée pour la dernière publicité des cahiers Clairefontaine, vous savez, celle où une jolie jeune fille assise sur un banc le cahier ouvert imagine sa vie avec différents compagnons tous plus séduisants les uns que les autres. De les voir en concert fut une vraie surprise pour mes oreilles et mes yeux. The Do, c’est une formation pop-rock franco-finnoise, originale et pêchue centrée sur la chanteuse à la voix sucrée, qui est apparue sur la scène de Terres de son dans un grand imperméable, comme petit lutin gris surgissant dans la lumière, et le guitariste aussi drôle qu’ énergique. J’ai découvert avec plaisir des mélodies dissonantes, truffées des bruits curieux ; les sonorités et les rythmes de leurs morceaux s’enrichissent d’emprunts faits sans distinction au rap, au hip-hop, à la folk, à la techno …Un groupe à suivre aveuglément…

http://myspace.com/thedoband

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The Do : Un peu comme tout le monde en ce moment, je ne connaissais de ce groupe que le single « On my shoulders .» Je n’avais toujours pas pris le temps d’écouter leur album. La découverte de ce groupe sur scène a été pour moi une bonne grosse claque, un peu ce que j’avais ressenti d’ailleurs au concert d’Emilie Simon à Sannois en 2006. Mais The Do c’est quoi? Et bien c’est d’abord un duo d’artistes talentueux et punchy capables d’évoluer entre musique folk, rock, triphop, et électro. On ressent les influences de Björk, de PJ Harvey, Stina Nordenstam ou encore de certains groupes des 70’s tel que The Who, Pink Floyd,… Sur scène la chanteuse (une p’tite nénette à capuche toute rigolote) vous fait vibrer grâce à sa voix douce et folle tandis que de son côté son partenaire (un gars à chapeau) assure avec virtuosité des arrangements musicaux hallucinants. Pour moi c’est LA découverte musicale de ce festival ! « Why would I carry such a weight on my shoulders? Why am I always by your side when you’re down?… »

topemma.jpgOrigine Contrôlée : les deux frères de l’ancien groupe Zebda poursuivent leurs expérimentations musicales. Cette fois, ils proposent de rendre hommage aux chanteurs algériens des années 1940 à 1980, ceux qu’écoutait leur père et qui ont bercé leur enfance…Ils veulent aussi communiquer par ce nouveau projet un message : la transmission culturelle s’est bien passée pour eux, la France est une terre de souffrance mais aussi d’espérance …Les deux frères se sont livrés à quelques jeux de scènes, le visage hilare, les yeux pétillants. Des chansons pleines de nostalgie à voir.
http://myspace.com/originescontrolees

topthomas.jpgOrigine Contrôlé : Il a de la gueule le nouveau projet de Mouss et Hakim (membres des Zebda et des Motivé-e-s). Après quelques années de silence (en tout cas, je ne les avais plus entendus depuis leur collaboration avec Brigitte Fontaine sur « Le Nougat »), les deux frangins toulousaings décident d’explorer le patrimoine de leurs aînés immigrés algériens en rendant hommage à un certains nombre d’artiste des années 40 à nos jours ! Le résultat : un mélange de musique traditionnelle et de bonne humeur (c’est vrai quoi, on les voit jamais faire la gueule ces deux-là!). Petit bémol, je trouve le jeu de scène et la version live tellement riche que la version CD doit être un peu mou à écouter.

topemma.jpgPigalle : J’ai eu un réel plaisir à réentendre François Hadji Lazaro … chanter de sa voix caverneuse et rocailleuse des chansons telles que « Vendredi treize », « Ne m’oublie pas« … Je regrette cependant le jeu scénique du chanteur qui m’a beaucoup rappelé le concert parisien du mois de mai dernier.
http://myspace.com/pigalleofficiel

topthomas.jpgPigalle : Le groupe des François est de retour! Il y a tout d’abord François Hadji-Lazaro, suivi par François Benichou, François Combarieu, Boubouche et J-P Motte. A eux cinq, ils forment « Pigalle », ce groupe mythique de la scène rock des années 90 et qui s’était séparé en 98. Nous retrouvions Pigalle pour la deuxième fois sur scène cette année (nous les avions vus au Bataclan en mai dernier pour leur grand retour.) L’engouement, la passion et l’émotion était toujours aussi prégnantes. Enchaînant les morceaux à un rythme soutenu, les Pigalle ne sont pas avares vis-à-vis de leur public. Sur scène François Hadji-Lazaro passe d’un instrument à l’autre tel un véritable homme orchestre virtuose à lui tout seul, tout en chantant de sa voix forte et mélancolique des histoires sombres, digne des chansons de Piaf ou de Fréhel. « Dans la salle du bar tabac de la rue des Martyrs y’a des filles de nuit qu’attendent le jour en vendant du plaisir… »

topemma.jpgCocoon : Une jolie pianiste et un chanteur élégant nous ont enveloppés pendant une heure dans de la ouate sucrée de voix suaves et de musiques calmes. On nous annonçait un groupe à la musique minimaliste et tendre… Promesse tenue, la musique de Cocoon, donne envie de manger des bonbons en plein milieu d’un champs parsemé de coquelicots, de regarder, les coudes appuyés sur sa fenêtre voler les feuilles des marronniers ou courir les nuages… Après le réalisme cynique de Pigalle, le charme délicieusement poétique et zen de Cocoon fait du bien.
http://myspace.com/listentococoon

topthomas.jpgCocoon : Autre découverte musicale intéressante: les deux musiciens de Cocoon m’ont tout de suite fait penser à deux bisounours ou à une peluche toute douce, un peu à l’image de leur musique tendre, aux mélodies paisibles et aux rythmes enjoués (qui ne sont pas sans rappeler Cocorosie mais les bruits rigolos en moins.) Les deux voix sont parfaitement accordées et une reprise comme « Hey ya » des OutKast prend tout de suite un petit goût fondant et acidulé.

topemma.jpgKeziah Jones : Des sons de guitare secs et claquants, où semblent se disputer improvisation et jeu de gammes maîtrisés accompagnent une voix chaude passant du grave à l’aigu sans rupture. Les chansons se suivent à une cadence soutenue, Keziah chante tout en un seul souffle. Le bonhomme au petit chapeau de feutre sombre porté de travers et au costume bariolé très ajusté ne nous a rien épargné.
http://myspace.com/keziahjones

topthomas.jpgKeziah Jones : Que dire du grand Keziah Jones si ce n’est : « mais nom de dieu d’bordel à mouettes quel taaaaalent! .» Ces albums sont déjà excellents à l’écoute, mais les version live, elles, sont carrément grandioses. Sur scène Keziah dégage une énergie et un charisme puissants (d’ailleurs quand il tombe la chemise pour offrir un torse imberbe et musclé, les femmes s’affolent!) Accompagné de ses deux musiciens (un batteur et un bassiste) il fait claquer les cordes de sa guitare comme une mitraillette avec une dextérité digne de Jimi Hendrix, transcendant ainsi les plus beaux morceaux qu’il ait composés comme « Kpafuca« , « Beautiful Emilie« , « AfroSurrealism For The Ladies » et j’en passe… En somme Keziah Jones est le genre de musicien tellement impliqué dans sa musique qu’il arrive à vous faire radicalement frissonner de plaisir! Et si vous voulez frissonner à un de ses concerts, je vous recommande d’aller le voir le 16 août prochain à Paris Plage.

topemma.jpgMass Hysteria : C’était hystérique, bondissant, suant, bruyant, rageur. Une vraie fureur collective. Je regrette juste le réglage du son : on entend surtout la musique, très peu les paroles. Mais peut-être est-ce fait exprès ? Mass Hysteria c’est du « bruit » sur scène, des chansons à textes dans l’intimité de leurs albums…
http://myspace.com/masshysteriaofficial

topthomas.jpgMass Hysteria : Découvert sur une scène des solidays il y a 2 ans, c’était la troisième fois que nous assistions à un de leur show! Et chaud c’est le mot (hu! hu! hu!) car dans le public c’est la folie furieuse, tout le monde se met à pogoter comme des dingues au son d’une musique « métal indus » tonitruante et emportée. Comme d’hab’ donc, Mouss le chanteur du groupe, exhorte le public jusqu’à l’hystérie (bah oui c’est Mass Hysteria quoi!) Le petit bémol des concerts de Mass Hysteria c’est l’acoustique! En effet la musique à souvent tendance à étouffer le chant de Mouss. C’est dommage car pour des métalleux-indus-hardcore, les lyrics sont plutôt intelligents, poétiques et porteurs de messages forts (un peu comme System of a Down au demeurant.) « Quelle est la solution? Quelle est la réaction? Quelle est la bonne? Quelle est la bonne? Je m’évade de Babylone pour Zioooooonnnn… »

topemma.jpgDemi Mondaine : Un petit groupe de rock post-punck est venu nous chatouiller les oreilles. la chanteuse à la chevelure de Blondie et à la voix rappelant un peu celle de Courtney love ou Patti Smith a chanté quelques bons morceaux très intéressants. Cependant, je regrette l’absence de folie, de voix rageuse et textes un peu engagés, éléments caractéristiques du mouvement punk, même si c’est pour pousser à la consommation de bière et autres substances délictueuses (mais délicieuses, l’un n’empêchant pas l’autre !) A suivre, malgré tout.
http://myspace.com/demimondainemusic

topemma.jpgLa scène électro : Près de la seconde tente où chacun peut boire à son aise un thé à la menthe fumant et des pâtisseries honteusement délicieuses, une autre scène est installée. Un peu avant la tombée de la nuit, des Dj se succèdent et mixent dans une folle ambiance des morceaux connus de tous, installés devant un grand écran qui diffuse en boucle des films d’animation étranges à vous rendre épileptiques. Un vrai bonheur pour ceux qui aiment les ambiances de techno transe et danser jusqu’à arrêt du cœur. Moi j’en suis!

Et enfin un petit lien vers le site du festival : http://www.terresduson.com/2008/

Images muséales: visite au musée Dapper

29 juin 2008

Je viens de découvrir un musée consacré aux Arts africains, des Caraïbes et de leurs diasporas.

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C’est un lieu très beau, à la décoration soignée, lumineux et intimiste à la fois. Le rez- de- chaussée et le premier étage sont consacrés aux expositions; en contrebas, se trouve une librairie contenant les publications du musée ainsi qu’un lieu de restauration plutôt confortable.

J’ai d’abord traversé avec amusement le petit pont de bois qui relie l’entrée du musée au hall d’accueil. Puis, les sculptures aériennes de l’artiste martiniquaise Julie Bessard m’ont accueillie.

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Des êtres étranges au corps de paille, cornus, ailés… suspendus par des fils invisibles, pendent et se meuvent avec une mollesse gracieuse, sur une musique quasi imperceptible. Grâce à des lumières savamment installées, ces sculptures projettent des ombres fantastiques sur les murs, auxquelles s’ajoutent les projections vidéo d’autres esprits en mouvement. C’est une installation à la fois mystérieuse et fascinante. (Allez voir son travail sur http://www.juliebessard.com/)

Ensuite, je suis entrée dans l’espace consacré à l’exposition Animal qui s’étale sur les deux étages du musée.

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Elle présente les différentes « figurations ou présences » de l’animal dans la culture africaine tribale. Elle explicite les relations que les tribus avaient avec ces représentations; on leur conférait notamment un pouvoir magique.

masquecimiercopie.jpg Détail d’un masque cimier figurant une antilope – Bois, métal, pigments – Mali

A côté de nombreux masques de cérémonies, se trouvent des objets utilitaires ornés de figures zoomorphes… D’autres représentations animales décorent des bijoux en bronze, ou en or, finement travaillé.

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Détail d’un objet rituel figurant un caméléon – Bronze – Côte d’ivoire

Ici et là, l’animal est présent, soit de manière très réaliste, soit caricaturale ou abstraite, mélange de plusieurs animaux, sorte de chimère d’un genre nouveau…

antilopecopie.jpg Figures zoomorphes à tête d’antilopes et corps de serpent -Fer- Mali

Ces objets d’ivoire, d’or, de bronze, ou encore de bois, recouvert de pigments par exemple … viennent notamment du Mali, du Burkina Faso, de Côte d’ Ivoire, du Bénin… (Visitez le site du musée et jetez un oeil curieux aux pages présentant l’exposition sur http://www.dapper.com.fr/exposition-en-cours.php) L’exposition, annoncée d’octobre 2007 à mars 2008, est prolongée jusqu’au début du mois de juillet.

Profitez-en!

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